SANS MANU de François Mary, lu par Luc-André Sagne de « La Cause littéraire » (mai 2024)

Une voix, ici, s’élève, qui nous parle et qu’on entend avant de la lire. Une voix douce, calme, posée, presque lente, pour décrire avec d’autant plus de force un malheur. Elle dit l’épreuve simplement, sans effet, avec une grande sensibilité. Mais devant la brutalité de son irruption, la violence de l’arrachement, les mots viennent à manquer. Car ce dont il s’agit n’est autre qu’une histoire d’amour brisée, l’histoire d’amour exigeante, sauvage, non conventionnelle entre deux hommes dont l’un n’a pas trente ans et l’autre soixante-dix. Et qui s’est fracassée sur la mort soudaine du plus jeune.

La voix est donc celle du plus âgé, de celui qui survit. Elle va raconter cette douleur, cette perte. A travers tous les détails significatifs de la vie quotidienne, tous les moments importants de ce couple atypique, découpés en de très brefs chapitres, au nombre de soixante-quatre exactement, qui sont comme autant de vignettes sauvegardées de l’oubli, elle va, à travers ces évocations parfois déchirantes, explorer ce manque. Elle va parler de Manu.

Et elle commence par là où tout s’est arrêté, un 27 décembre à 1 heure du matin. La mort de Manu, inopinée, silencieuse, intervenue dans son sommeil, chez son ami d’enfance. C’est le point de départ choisi pour raconter cette histoire, et qui en est aussi le point d’achèvement. Avec tout ce qui s’ensuit, les obsèques, l’enterrement, et aussi le rappel des quelques jours qui ont précédé, le dernier Noël. S’enclenche alors la mécanique des souvenirs, leur défilé inexorable. Et la douleur supplémentaire d’apprendre sur cette mort, après qu’elle a effectivement frappé, qu’elle était quasiment prévisible. Parce que Manu était en très mauvaise santé, que son médecin s’en était alarmé, alors que lui-même n’en avait dit mot à personne et n’avait rien changé à ses habitudes, bien au contraire. Le savoir fait prendre tout à coup à cette mort une autre signification.

Car tout laisse ainsi à penser que cette mort, Manu, consciemment ou non, l’a désirée, qu’il l’a attendue sans rien faire pour l’éviter ou à tout le moins la retarder. Une scène en particulier revient à la mémoire, celle où, en proie à une angoisse soudaine, il s’exclame devant son compagnon qu’il « voudrait mourir ». Quel est cet attrait pour la mort que cela révèle, et que son refus de tenir compte des avertissements du médecin, sa volonté féroce de continuer à vivre comme si de rien n’était accélèrent, si ce n’est un penchant suicidaire ?

Que cette découverte après coup afflige son compagnon ne l’empêche pas de vouloir exposer ce qu’ont représenté pour lui les moments passés en compagnie de Manu et leur redonner toute leur vitalité, toute leur lumière. Sans rien cacher des heurts de la vie, des incompréhensions, des ruptures de ton et de comportement d’un caractère parfois difficile, auxquels succèdent des accalmies et des instants de vrai bonheur. Et même devant les accès de colère et de violence de cet homme jeune, souvent impulsif, il reste d’une grande attention, d’une grande tendresse, d’une générosité qui est celle d’un amour authentique, désintéressé, qui laisse toute la place à l’autre sans rien prendre de force mais à l’inverse accueillant comme une richesse les moindres signes de complicité et d’assentiment.

Au fond cette relation, pour lui, est un allègement. Et aussi paradoxal que cela puisse paraître, d’abord un allègement des corps. La passion amoureuse, l’étreinte charnelle, au lieu d’être le lieu d’une pure ivresse des sens, ou justement parce qu’elle l’est à plein, lui procure une sensation incomparable de légèreté. La seule occasion peut-être d’échapper à la pesanteur des corps. Celui de Manu, « un peu massif », le sien, moins solide mais qui pèse lui aussi en temps ordinaire, et plus encore après la fin brutale de leur amour. C’est le poids retrouvé du corps après la disparition de cette fusion physique seule capable de la lui faire oublier, et dont il ne reste que le souvenir brûlant, à « se perdre dans la nuit de son corps. Dans son aveuglante lumière », qui devient intolérable et le transforme en simple « viande, à l’étal ».

Finalement, de toutes ces images, de toutes ces scènes que la présence de Manu illumine, de toute cette intensité de sensations découle un sentiment douloureux, torturant, qui fait dire au compagnon devenu le témoin de ce passé partagé, avec René Crevel, que « la mémoire n’est pas une alliée, mais bien une ennemie ».

Loin de l’image positive que peut avoir le souvenir, associé à un état agréable ou tout au moins réconfortant, apparaît ici, en effet, un aspect plus négatif, quand il est, comme au sujet de Manu, blessure à vif, remémoration sans fin d’une même souffrance, d’un même chagrin que rien ne peut venir apaiser. Se souvenir alors, ce n’est que répéter la douleur, sans répit.

Ces pans de mémoire, que l’on parcourt délicatement, un à un, comme les pétales d’un bouquet, reviennent à l’esprit et font mal. Ils redoublent la peine éprouvée en ce qu’ils la réactivent à chaque fois par le goût des jours heureux qu’ils distillent en même temps qu’ils en confirment la fin irrémédiable. Avec eux le plaisir et la souffrance vont de pair. Il y a là comme un dédoublement du malheur. Car en les revivant de la sorte, sachant par avance ce qu’il va advenir, que ce bonheur est condamné, on comprend tout, mais trop tard : « Je me dis, aujourd’hui, qu’il était au bord des larmes ». Ou encore, « ce baiser était le dernier. Je l’ignorais, je l’ignorais encore ».

Ainsi pourrait s’achever l’énumération des souvenirs, entre l’émotion retenue et l’abattement. Mais ce n’est pas le cas. Le désespoir, l’anéantissement ressentis par son compagnon devant la mort de Manu n’emporteront pas tout car il y a chez lui plus fort, plus haut que l’obscurcissement total. A la réalité impitoyable d’une vie sans Manu désormais, « nulle autre présence ne comblera ce vide », répondent la force de l’esprit, le pouvoir de l’art qui lui font dire que « tu ne m’as, pourtant, pas totalement quitté ».

S’ouvre alors, sur les quatre dernières pages du livre, en italique comme la page de préambule pour en marquer la particularité, un moment unique, peut-être le plus beau du livre. Manu au-delà de la mort. Une série d’images, qu’on dirait nimbées d’une lumière surnaturelle, où Manu revient partager ce bonheur qui a tant compté ici-bas et qu’il magnifie, qu’il exhausse par sa présence vibrante, solaire, insérée dans la nature qu’il a aimée, le paysage de montagne familier, « au cœur de ce qui nous tient debout ». Des scènes toute simples mais qui montrent que « chaque instant de vie qui nous est donné doit être vécu avec intensité ». Plus rien pour peser ou meurtrir, pour mettre à vif, mais au contraire l’accord revenu, le grand accord revivifiant qui lie à jamais les êtres et le monde jusqu’à les confondre. Et la voix de Manu de s’exclamer à son compagnon inquiet : « Mais tu vois bien que je suis là ! ».

Luc-André Sagne

François Mary est l’auteur de plusieurs récits et, seul ou en collectif, de nombreux livres d’artiste où se mêlent prose et poésie. Il a en outre réalisé quelques dossiers consacrés à des poètes. Il est principalement publié aux éditions Plein Chant et ErosOnyx.

Au clair de…, roman de Pierre-François Lacroix, chroniqué par Luc-André Sagne, dans LA CAUSE LITTÉRAIRE, Revue en ligne (mars 2024)

Au clair de…, qui ne se présente ni comme un roman ni comme un récit, ne semble pas davantage être une autobiographie ou une autofiction, même si par certains côtés il peut s’en rapprocher. D’abord présenté à la troisième personne du singulier, donc avec la distanciation que cela implique, Pierrot, figure centrale du texte, prend progressivement la parole à la première personne, comme si le narrateur s’effaçait et venait à se confondre avec lui. Mais au-delà de la question de son statut et du genre auquel le rattacher, le livre est avant tout, de façon plus profonde, plus intense, un immense chant d’amour. Et un manifeste.

Un chant d’amour, en référence bien sûr au film de Jean Genet, qui porte ici sur deux amours consécutifs dont le premier, primordial, originel, court tout au long des pages, de la première à la dernière : l’amour de la mère, trop tôt disparue. Pour Pierrot c’est une coupure fondamentale, sa vie tranchée en deux par ce manque soudain, cette absence cruelle et définitive d’un amour maternel si fort, et si fortement ressenti par lui, qui vient ainsi s’interrompre brutalement.

Mais ce legs de souffrance, qui ne cessera plus de faire sentir ses effets tout au long de son existence, se double pour lui d’un legs de vie que la mère transmet aussi, dans les derniers mots qu’elle prononce à l’intention de son fils et qui va lui servir de viatique : « Vis comme tu es né, vis comme tu es (…), vis ce que tu as à vivre, vis ta vie ». La confiance qu’exprime ainsi la mère envers son fils, la reconnaissance de sa liberté d’être lui, ouvre alors le chemin vers l’autre amour, le second amour de sa vie, continuité du premier comme s’il s’agissait de prendre le relais, de poursuivre sous une autre forme la même quête de l’origine, du bonheur perdu des premières années. Car cet amour de Pierrot pour un autre homme, amour exclusif, absolu, n’est-ce pas aussi « attendre de lui qu’il ait des gestes de mère » ?

Dans l’itinéraire du garçon que rien ne prédisposait à un tel avenir, une institution va jouer un rôle clef : l’école. Elle va en effet se révéler doublement émancipatrice, à la fois par l’ouverture à la culture qu’elle permet, notamment littéraire, grecque, latine et française, et par la rencontre qu’elle provoque avec un professeur de lettres atypique et fascinant, Erwan.

Aux yeux du jeune paysan, dont la famille, ses us et coutumes, son ancrage sur une terre que l’on peut deviner être celle de Haute-Auvergne, sont tendrement décrits, avec un luxe de détails pris sur le vif, dans les soixante-dix premières pages du livre (c’est l’époque de « Pierrounel »), l’école, c’est la découverte d’un monde inconnu, d’un univers riche d’auteurs et de pensées, c’est une libération, un éblouissement. Et ce n’est sans doute pas un hasard si c’est à l’école que se produit le choc amoureux pour un homme d’abord auréolé du prestige de la connaissance, la vraie, celle qui, par-delà les académismes et les convenances, en fait une question essentielle, un enjeu vital et non pas un instrument de pouvoir et de compétition. L’école, temple du savoir, temple de l’amour.

Au clair de…, c’est au fond l’histoire, partie du nid maternel détruit et à jamais regretté, d’une passion entre deux hommes, librement vécue dans la différence des itinéraires et des âges, et qui va les mener jusqu’au bout d’eux-mêmes. Partis ensemble à Paris que Pierrot découvre à dix-sept ans, leur vie de couple se dégrade au fil du temps, entre affrontements et réconciliations, jusqu’à devenir insupportable et déboucher sur une rupture violente. Vivant alors séparément, Erwan dans la frénésie des rencontres et des voyages, Pierrot revenu sur sa terre et, malgré « le filet des présences, des rites et des paysages » retrouvés, devant surmonter une dépression, la période apparaît, au-delà des souffrances de chacun, comme une longue respiration où reprendre son souffle et trouver ses marques. Avec le retour inespéré d’Erwan s’ouvre la dernière saison de cette union, mûrie de toute l’expérience de la vie et qu’une mort consentie à deux, le plus jeune ne pouvant survivre au plus âgé, vient couronner.

Itinéraire amoureux sans concession, leur histoire intime recoupe celle d’une génération, celle de Pierrot, partie des dangers d’appartenir à une minorité réprouvée (le coup de poing reçu au bal du village), à ses combats, décuplés par l’épidémie de sida (qui épargne les deux hommes), pour une visibilité et une reconnaissance des droits, et débouchant sur le Pacs puis le mariage. Car le chant amoureux se double d’un manifeste. Pour la liberté, une liberté de vie au-delà des revendications légitimes. Dans une langue qui mêle hardiment les images les plus poétiques aux plus crues, nourrie de multiples références non seulement à la culture livresque qui a tant fait pour l’éveil de Pierrot, avec des figures tutélaires comme celle de Colette, mais aussi au cinéma et à la chanson, la profession de foi pour une vie authentiquement libre se fait en effet au fil des pages plus vibrante et entière. Elle se veut avant tout dépassement, dépassement des limites conventionnelles qui viennent brider les corps et les esprits, dépassement des genres. Elle en appelle à « l’acceptation de tous les désirs du corps » mais aussi au décloisonnement des sexes, masculin et féminin, au nom « des deux sexes que nous portons en nous ». Les perpétuelles oppositions entre sexe et amour, corps et esprit, n’ont pas plus lieu d’être parce qu’il s’agit tout simplement de « fouiller la chair de l’âme » et de retrouver à travers l’être aimé l’unité originelle.

C’est l’enseignement ultime que nous livre ainsi la vie de Pierrot, une vie arrachée à la fatalité d’un destin par l’accession à la culture et à la liberté d’aimer, un déracinement qui est un nouvel enracinement à la lumière aveuglante d’un amour fou.

Luc-André Sagne

Pierre-François Lacroix dirige avec Yvan Quintin les éditions ErosOnyx, créées en 2007, et qui ont pour ambition de traiter des « sexualités d’aujourd’hui, d’hier et de demain », à travers des textes où Éros, « désir et plaisir d’aimer », va parfois jusqu’à se lier à Thanatos. Au clair de… reprend en un seul volume l’intégrale remaniée des quatre tomes précédemment parus sous le titre Homo Pierrot.

GLAÇANT CANTAL, Bruno Reidal (alias Jean-Marie Bladier), « Onze cahiers de confession », lu par Jean-Eudes Foumentèze

LIBÉRATION, samedi 16 et dimanche 17 mars 2024

« A l’âge de quatre ans (…) les idées de meurtre commençaient à germer dans mon esprit ». Bruno Reidal (Jean-Marie Bladier, de son nom de naissance) a 17 ans. Il est séminariste. Il aime les garçons et la masturbation, frénétiquement. Il aime Denis mais c’est Jean qu’il décapite au couteau, un camarade « qui avait l’air si heureux, content, fier, arrogant ». Nous sommes en 1905 dans un petit village du Cantal, croqué impétueusement par des vents secs et froids. L’histoire n’est pas celle de Judith décapitant Holopherne, Bruno Reidal n’a rien à sauver : il est un assassin et ses pulsions meurtrières sont son peuple.

Se présentant après son crime à la gendarmerie, Bruno Reidal est incarcéré puis interné. Il est suivi par plusieurs psychiatres dont Alexandre Lacassagne (l’un des fondateurs de l’anthropologie criminelle) qui lui demandent de raconter sa vie et de décrire son crime. Ce sont ses Onze cahiers de confession, publiés pour la première fois dans leur intégralité.

Ces écrits sont la tragédie d’un fou dans un paysage de basalte sur lequel des ombres sauvages vagabondent. Fier et sombre, fou et dévotieux, intelligent et triste, Bruno Reidal décrit sans ambages, d’une manière sèche et sans larme, son meurtre et davantage encore ses pulsions assassines qui naissent dans sa plus rude enfance.

Dans la vie de Bruno Reidal, rien ne parait possible pour échapper au drame : enfant brutalisé, la honte silencieuse de sa misère, un corps chétif inadapté aux travaux des champs, un goût brûlant pour la lecture dans un milieu sans livre, l’adoration effrénée d’un Dieu, le séminaire comme seule planche de salut, le jour où l’on tue et saigne le cochon comme seule festivité de l’année et, surtout, ses pulsions qui le dévorent (« les idées de meurtres et l’envie de me masturber se présentaient plus vivement à mon esprit. J’y résistais, mais je me vis plusieurs fois sur le point de succomber »).

Dans cette vie âpre, le sexe est omniprésent à travers la lutte que lui livre Bruno Reidal et le crime l’unique moyen de s’en affranchir (« j’étais bien moins coupable de commettre une bonne fois un grand crime qui mettrait un terme aux plaisirs sexuels auxquels je me livrais tous les jours, et après lequel je mènerais une meilleure vie que de commettre tous les jours des fautes de masturbation »).

Les Onze cahiers de confession s’organisent comme un voyage dans l’abîme confrontant des révélations d’une noirceur plus épaisse que celle des pierres qui font l’Auvergne. Il y a de la virtuosité dans l’introspection de Bruno Reidal qui nous immerge avec beaucoup d’acuité dans les plis des sédiments de sa monstruosité. Bruno Reidal n’est pas Meursault, il n’a pas tué à cause du soleil mais en raison d’un impérieux désir, d’une insoutenable nécessité de tuer.

Bruno Reidal est prodigue : il ne fait l’économie d’aucun détail choquant au sujet de son crime. Et ses doutes (« Suis-je malade ou non, je n’en sais rien ») et l’incompréhension de la portée de son crime troublent autant qu’elles sidèrent en profondeur (« Je me disais à moi-même que j’étais un grand criminel, que j’avais commis un grand crime, mais je ne concevais pas la signification, la portée, le poids, la valeur de ce mot : grand crime. »)

Ces Onze cahiers de confession dérangent donc cruellement et s’ils ne permettent pas d’obtenir l’absolution à Bruno Reidal, ils constituent à coup sûr un étrange objet littéraire et historique. Signalons pour finir la préface et la postface des deux éditeurs, sensibles et documentées, qui enchâssent ce texte.

Bruno Reidal meurt à 30 ans à l’asile d’Aurillac. On ne peut, comme Sisyphe, l’imaginer heureux.

Par Jean-Eudes Foumentèze, juriste

Renée VIVIEN, Poèmes 1901-1910 (en format poche)

Devant le succès de ce titre publié en grand format en 2009, EO en sort une version poche en mai 2024. Renée Vivien (1877-1909), au fil des ans, intéresse un public de plus en plus large qui souhaite disposer, à un prix abordable, de la quasi-totalité de son oeuvre poétique.

Cette édition reprend la préface de Nicole G. Albert, spécialiste de la littérature fin-de-siècle, dont voici la première phrase : « De toutes les figures iconiques que nous a laissées la littérature dite décadente, Renée Vivien est sans doute la plus atypique, dans la mesure où ses vers mêlent ouvertement, à la première personne, poésie et saphisme ».

Vivien est en effet la première poète à avoir été libérée par sa lecture de l’antique Sappho et à avoir chanté son lesbianisme sur toute la gamme d’Éros et de Thanatos. Colette, à son sujet, écrit en 1932 : « L’œuvre de Renée habite une région de tristesse élevée, où les amies rêvent et pleurent autant qu’elles s’y enlacent » (Ces Plaisirs… devenu en 1943 Le Pur et l’Impur).

Nous irons voir le clair d’étoiles sur les monts…

Que nous importe, à nous, le jugement des hommes ?

Et qu’avons-nous à redouter, puisque nous sommes

Pures devant la vie, et que nous nous aimons ?…

A l’Heure des mains jointes (1906)

Collection Poche Classiques

Format 12 X 19, avec rabats

364 pages

ISBN : 978-2-918444-62-6

15 €

à paraître le 7 mai 2024

IN MEMORIAM

Hommage à Mirande Lucien, ce 23 octobre 2023

Mirande Lucien nous a quittés, le vendredi 13 octobre dernier, comme elle en avait fait le choix. De sa propre décision. Nous la regretterons, mais ne pouvons qu’approuver son choix. Son neveu Benoît et un ami de longue date, Ian, l’ont accompagnée, à Bruxelles. Sa crémation y a eu lieu vendredi dernier, le 20, et ses cendres seront dispersées en France, en Seine-Maritime plus précisément, où elle passa souvent ses vacances.


Son amie Ginette Michaux nous a accordé le droit de reproduire le texte qu’elle a écrit pour l’occasion.

Mirande Lucien est décédée par euthanasie ce 13 octobre 2023 à Bruxelles.

Née le 10 décembre 1945 à Mirande (Gers), elle passe ses vingt premières années à Bruxelles et obtient à l’U.C.L. une licence en Philosophie et Lettres.   Professeur dans l’enseignement secondaire à Lille et chargée de cours à l’Université Charles-De-Gaulle (Lille III), elle garde pour la Belgique un intérêt profond. En témoigne entre autres sa thèse de doctorat sur la vie et l’œuvre de Georges Eekhoud, publiée sous le titre « Eekhoud le Rauque » (Presses universitaires du Septentrion, 1999). Elle y brosse avec érudition les cadres linguistico-géographique et socio-économique dans lesquels a vécu l’écrivain, proche des penseurs anarchistes, co-fondateur de La Jeune Belgique et dont l’œuvre fut longtemps délaissée par la critique. Elle met en relief son univers fantasmatique et érotique et, pour la première fois, évoque clairement son homosexualité, non pour l’anecdote, mais parce que celle-ci constitue – comme l’avait indiqué Hubert Juin – le moteur secret de la thématique et de l’écriture de l’œuvre.

Sa subtile connaissance de la Belgique de l’époque et ses talents multiples se déploient aussi dans de nombreux articles, préfaces, rééditions et éditions critiques de Georges Eekhoud, parus pour la plupart aux éditions GKC – Question De Genre, avec la collaboration de l’éditeur Patrick Cardon. Citons notamment Le Quadrille du lancieret autres nouvelles (GKC 1992, réédition. 2015), Escal-Vigor (Séguier 1996), la traduction en français du scénario qu’Hugo Claus écrivit à partir de ce même roman (GKC 2002), Une mauvaise rencontre et autres nouvelles d’anarchie (Les âmes d’Atala 2013), Voyous de velours (GKC 2015). L’étude de Georges Eekhoud l’a conduite à travailler l’histoire de l’anarchie et celle du mouvement homosexuel. Elle a aussi écrit sur la vie et l’œuvre d’écrivaines comme Renée Vivien, Marguerite Coppin et Aline Mayrisch. Les éditions ErosOnyx ont fait paraître en 2008 un recueil de poèmes de Lucie Delarue-Mardrus, Nos secrètes amours, dont elle a écrit la préface et annoté le texte, et que l’on a trouvé à son chevet.

Mirande Lucien nous fut présentée par le directeur et rédacteur en chef de la revue Inverses et devint la collaboratrice d’ErosOnyx, en particulier pour Nos secrètes amours de Lucie Delarue Mardrus dont elle a rétabli le texte d’origine quelque peu malmené par Natalie Clifford Barney, en 1951, dans son édition de 1951. Mais il est vrai qu’en 1951 Dans les retouches apportées par Natalie Barney, il ne fallait y voir aucune malveillance. Simplement, à cette époque, il était impossible de tout dire. Raison de plus pour que Mirande le dise cinquante-sept ans plus tard, en 2008, elle qui, sa vie durant, célébra et vécut « le geste de Sappho », selon son expression. Elle n’a jamais oublié que le combat sapphique et le combat uraniste devront toujours se mener de front pour que la vie soit « plus vivante que la vie ».

Merci Mirande !

Paix à toi où que tu sois. Nous ne pourrons pas t’oublier.

Le 13 octobre rouvrait à Paris la librairie Violette & Co.

Nous procèderons en 2024 au troisième tirage de Nos secrètes amours.

                                   Yvan Quintin & Pierre Lacroix d’ErosOnyx éditions

Philippe VALLOIS, Ma cinéthérapie (avec le DVD du film DISSIDENCE)

A PARAÎTRE EN MARS 2024

Né en 1948, Philippe Vallois est un cinéaste singulier.

 Sa vie est un roman vitaliste et son œuvre un labyrinthe.

Après des films sortis en salle, dont certains sont devenus des icônes de l’underground homo comme Johan (1976) et Nous étions un seul homme (1979), après des créations pour la télévision comme le portrait-nébuleuse de l’artiste Huguette Spengler (1984), Vallois n’a jamais cessé de croire en sa bonne étoile de cinémagicien. L’évolution des techniques du cinéma lui a permis, en solitaire quasiment, de faire avec une caméra ce qu’un écrivain fait avec sa plume. Se sont succédé, en DVD et en festival, pour n’en citer que quelques-uns, des films comme Un parfum nommé Saïd (2003), Sexus Dei (2006), L’Adieu à Moustafa (2018), Les Guerres de Christine S. (2022) et des rétrospectives en France et à l’étranger.

                Un Prix Philippe Vallois a été créé et décerné au Festival queer Écrans Mixtes de Lyon, en mars 2023, récompensant un film de la programmation pour son audace et sa liberté.

                Dans La Passion selon Vallois, consacré aux quarante premières années de la vie de Philippe Vallois, paru chez EO en 2013, Ivan Mitifiot évoquait sa « caméra soleil ». Dans ce tome II consacré aux souvenirs de sa « décennie morbide » du sida (1987-1997), la caméra devient « cinéthérapie ».

                Le livre est ici accompagné du DVD du film Dissidence, créé durant le confinement à partir de scènes tournées dans les années 90 et d’interviews avec le professeur Jean-Marie Andrieu, franc-tireur de la recherche contre le sida.

Livre et film se font ainsi écho : dissidences sexuelle, médicale et artistique et kaléidoscope en mémoire de Jean, compagnon corps à cœur et âme frère.

ISBN : 978-2-918444-61-9

Collection Images

Format 14 X 19, avec rabats, DVD glissé sous le rabat 2

Prix : 25 €

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Nos livres sont disponibles dans toutes les librairies de France, de Belgique et de Suisse.


LE JARDIN DES PASSAGES À QUÉZAC, CANTAL… UN ENDROIT DIFFÉRENT

En pleine Châtaigneraie cantalienne, non loin de Maurs, petite ville du Cantal sur la route qui mène à Figeac vers le sud et vers Aurillac dans l’autre sens, c’est Quézac. Cette commune d’environ trois cents habitants, déjà connue comme lieu de pèlerinage depuis le Moyen Âge, mérite d’être connue aujourd’hui pour une autre raison : c’est là que se trouve Le Jardin des Passages, lieu d’accueil de garçons et de filles, de jeunes femmes et de jeunes hommes – mais toujours majeurs – de ceux que l’on appelle… LGBT. Un lieu d’accueil, non pas de refuge.

Voici ce qu’on lit sur le Net : « Il propose […] de l’accueil, des séjours de repos ou de résidence, ateliers créatifs, culturels et artistiques. Il tend à répondre à l’envie d’expérimenter ensemble d’autres moyens de se nourrir et de créer du lien en partageant un quotidien collectif sur du court, moyen et long terme ».

Dans une grande maison que jouxte une plus petite sur un terrain d’environ un hectare, résident les quatre personnes qui constituent le collectif d’accueil. Quelle heureuse surprise de découvrir l’existence d’un tel lieu LGBT ! En pleine campagne. Pour qui a besoin de se ressourcer ou seulement de répit, d’éloignement d’une éventuelle hostilité ambiante, d’un environnement social ou familial autrement, le lieu est idéal. Il est demandé un minimum de 4, 00 € par jour pour y dormir et manger. Soit on y est de passage soit on peut y résider en échange d’aide aux diverses activités comme le jardinage, la cuisine… Mais on peut aussi s’adonner à une activité artistique. Les résidents, quels qu’ils soient, produisent eux-mêmes et dans la mesure du possible leur nourriture.

Le Jardin des Passages est une association loi 1901 qui s’est créée pour acheter, dans un premier temps, ce lieu d’habitation et d’accueil LGBT. On trouvera les coordonnées de l’appel au financement sur le lien suivant

https://www.helloasso.com/associations/le-jardin-des-passages

Oui, quelle belle idée que cette association LGBTQIA+ comme on dit aujourd’hui ! Dans le Cantal qui plus est !  Si vous en avez l’occasion, arrêtez-vous à Quézac.  Par curiosité, par besoin de vivre mieux votre différence ou simplement par intérêt pour la différence…  peu importe. Vous y serez accueilli avec le sourire. Puisse cette création être un exemple pour des réalisations semblables, ailleurs, dans des régions et des lieux de France retirés, que ce soit des lieux anciens de pèlerinage ou non ! Ces lieux d’accueil à la campagne sont encore trop rares.

  On peut ne pas être d’accord avec les présupposés de cette association, sur l’écologie par exemple ou bien sur la binarité sexuelle (d’où l’usage du terme ‘’queer’’ des membres de l’association), il n’empêche ! Voir des filles et des garçons tenter de vivre autrement leur différence, à la campagne qui plus est, c’est revigorant.

Le Jardin des Passages, 4 route de Siscamp 15600 Quézac

lejardindespassages@protonmail.com

SANS MANU à Riom-ès-Montagnes

Dans Le Réveil cantalien, le 9 juin 2023

Sans Manu

Devant une quinzaine d’auditeurs, le maire de Riom-ès-Montagnes, François Boisset, et Laurence Boué, adjointe, avec la complicité de Marie, aide-bibliothécaire, François Mary (J.-J. Bellet) est venu présenter son dernier ouvrage Sans Manu. Une histoire d’amour suivie d’un deuil, un sujet auquel beaucoup d’entre nous pourraient s’identifier. Une interrogation : « Pourquoi reste-t-on envie après la mort de l’autre ? »

L’auteur narre dans un recueil de textes poétiques en prose, le souvenir de l’homme qu’il a aimé et que la mort a emporté trop tôt à trente ans, des moments importants de sa vie, qui interrogent sur le deuil, le manque, l’incompréhension et l’amour perdu. Un texte fort et puissant dont il a lu des extraits, un moment d’intense émotion pour l’auteur bien sûr mais aussi le public. « Ce sont des moments, d’intenses moments de vie, que j’ai tenté de retrouver à travers l’écriture de ce livre, des moments partagés avec Manu, l’homme que j’ai aimé passionnément, parti trop tôt à l’âge de trente ans. Des moments de tendresse, de joie, mais aussi d’angoisse et de déchirement. Et je me dis que Manu, dans ces pages, est peut-être encore présent », nous a confié François Mary.

François Mary, que nous connaissons tous sous son nom patronymique de Jean-Jacques BELLET, a toujours eu besoin d’écrire. Il est l’auteur de plusieurs recueils de prose, de poésie, de livres élaborés avec des artistes.

Ce livre Sans Manu est disponible en prêt à la Médiathèque et en vente à la librairie-presse Chaumeil, partenaire de l’événement.

                                                                                                                      CDF

JEUNES FILLES EN UNIFORME (1931) au cinéma

Dans le cadre du ciné-club « Le 7ème genre », au BRADY – Paris Xème – sera projeté le 20 mars 2023 à 20 h 30, le film JEUNES FILLES EN UNIFORME (1931), de Leontine SAGAN, adapté de la pièce homonyme de Christa WINSLOE.

La pièce originale a été publiée, en juin 2022, chez ErosOnyx éditions, dans une nouvelle traduction, avec le DVD du film.

Les sous-titres de ce film rare, premier film lesbien de l’histoire du cinéma et qui sera interdit par les nazis à partir de 1933, sont de Colette pour la projection française de 1932.

La soirée sera animée par Florence Tamagne.

HOMO MICRO

L’émission de radio qui se prend aux mots… et aime nos livres !

Dans une récente émission de l’excellente série de Podcast Homo Micro, on parle des éditions ErosOnyx.

A la 36ème minute sont évoquées quelques-unes de nos publications, plongez au cœur d’une heure de bienveillance !

Merci à eux !