Sur France Culture, dans l’émission LSD – La Série Documentaire, Didier Roth-Bettoni, auteur de Les Années sida à l’écran …

EMISSION : LSD-La Série Documentaire, tous les jours sur France Culture de 17 à 18h.

Série : « Quand la création raconte le sida » produite par Didier Roth-Bettoni, réalisée par Nathalie Battus
diffusée du 9 au 12 avril

Episodes :
1) Dire sa vie, dire sa mort

Plus qu’aucune autre maladie sans doute, le sida a produit un art de l’intime, un art autofictionnel où des créateurs de toutes disciplines ont utilisé leur vécu le plus personnel de la maladie pour faire œuvre, non seulement de témoignage mais aussi d’affirmation, de combat et de refus de la fatalité.

Hervé Guibert est certainement, avec son roman À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, l’un des précurseurs de ce que l’on nommera plus tard l’autofiction. Toute la littérature sida, et presque tout l’art de ces années sida qui courent de 1981 à 1996 (c’est-à-dire avant l’apparition des trithérapies), sont, de la même manière, marqués par cette même dimension infiniment personnelle, tragiquement intime. C’est en effet à la première personne que des auteurs confrontés à leur mort imminente se lancent dans des récits au réalisme cru où se mêlent douleurs, pathologies, traitements, affaiblisse-ment physique, solitude, solidarité communautaire, peur de la mort, colère envers le désintérêt poli-tique ou les lenteurs de la recherche… Produites par de jeunes artistes foudroyés et révoltés par l’injustice du sort qui leur est promis, ces œuvres sont à la fois des témoignages et, comme les films de Derek Jarman ou les pièces de Copi, des manifestes de résistance. Elles sont aussi porteuses, pour nombre d’entre elles — à l’image du Ruban noir de Vincent Borel — d’une énergie vitale folle, où la sexualité et l’étourdissement dans la fête, dans la musique techno, dans les drogues récréatives tiennent une place importante, comme autant d’exutoires face à la catastrophe ambiante…

Participants : Vincent Borel, romancier, auteur de Un ruban noir (1995) ; Bruno Geslin, metteur en scène de la pièce Chroma, d’après Derek Jarman ; Philippe Calvario, metteur en scène des pièces Une visite inopportune, de Copi, Juste la fin du monde, de Jean-Luc Lagarce, et Roberto Zucco, de Bernard-Marie Koltès.
Archives de Hervé Guibert, Cyril Collard, Guillaume Dustan, Christophe Bourdin, Jean-Luc Lagarce.
Extraits d’œuvres de Derek Jarman (Blue), Copi (Une visite inopportune), Jean-Luc Lagarce (Jus-te la fin du monde), Hervé Guibert (La Pudeur ou l’impudeur), Christophe Bourdin (Le Fil), Cyril Collard (Les Nuits fauves), Sophie Calle (No sex last night), Bruno Geslin (Chroma), Vincent Borel (Un ruban noir).

2) Corps souffrants, corps combattants

Très vite après l’apparition du sida, la question de sa représentation se pose pour les artistes. Et avec elle, la question de l’incarnation : comment donner corps à la maladie ? Comment la donner à voir, à percevoir, à ressentir ? Comment montrer des corps meurtris, décharnés, épuisés sans céder à la victimisation ?

L’enjeu de la représentation frontale de ces corps, c’est celui de la visibilité du sida dans une société qui a tendance alors à détourner les yeux ou à se désintéresser d’une maladie considérée comme celle de minorités et de « groupes à risques”. Alors que les images portées par les médias sont alors celles, compassionnelles, de corps victimes, c’est aux artistes que va incomber la tâche d’incarner le sida sur d’autres modes, moins passifs, plus combatifs, engagés dans un corps-à-corps tant contre la maladie que contre les discriminations (politiques, sociales, économiques, etc.) qui y sont attachées. Le corps souffrant tel qu’ils le réinventent, leur propre corps souvent, s’impose ainsi, dans toutes les disciplines artistiques, comme un corps en lutte.

Participants : Elisabeth Lebovici, historienne de l’art et activiste de la lutte contre le sida, autrice de Ce que le sida m’a fait. Art et activisme à la fin du XXè siècle (2017) ; Aurélie Van Den Daele, metteure en scène de la pièce Angels in America, de Tony Kushner ; Bruno Geslin, metteur en scène de la pièce Chroma, d’après Derek Jarman ; Olivier Normand, comédien et danseur.
Archives de Jean-Luc Lagarce, Guillaume Dustan, Nan Goldin, Raimund Hoghe.
Extraits d’œuvres de Hervé Guibert (La Pudeur ou l’impudeur), Guillaume Dustan (Dans ma chambre), Tony Kushner (Angels in America), Bruno Geslin (Chroma), Alain Buffard (Mauvais genres), Zoe Leonard (I want a dyke for president), Felix Gonzales Torres…

3) Traiter les traitements

L’arrivée des trithérapies en 1996 a changé la vie des séropositifs et des malades du sida en leur donnant un avenir qui leur semblait jusqu’alors interdit. Ces évolutions médicales ont aussi entraîné des modifications profondes des représentations du sida…

Présente dans nombre d’œuvres ayant trait au sida, la dimension médicale de la maladie a eu une influence considérable sur les manières de raconter le sida, obligeant les principales associations à se doter de médias propres pour en rendre compte, mais aussi la presse communautaire gay à mettre en place des outils rédactionnels spécifiques, multipliant témoignages à la première personne, in-formations médicales ou conseils pour « vivre avec ».
Ces évolutions médicales ont également eu des répercussions artistiques : l’arrivée des trithérapies en 1996 et leurs conséquences sur la vie des séropositifs et des malades, en est l’illustration la plus nette, tant la différence est marquée entre les œuvres d’avant et celles d’après, celles où la mort gagne (presque) toujours à la fin et celles où l’avenir est à nouveau possible.
Plus que tout autre peut-être, un duo de cinéastes, Olivier Ducastel et Jacques Martineau, a eu à cœur dans quasiment chacune de ses fictions d’enregistrer l’histoire de ces évolutions et de leurs conséquences sur les modes de vie, des tragiques années sida (Nés en 68) à la prévention pré et post-exposition (Théo et Hugo dans le même bateau)… Leur cinéma en guise de fil rouge de cet épisode.

Participants : Olivier Ducastel et Jacques Martineau, réalisateurs de Jeanne et le garçon formidable (1998), Drôle de Félix (2000) et Théo et Hugo dans le même bateau (2016) ; Christophe Martet, journaliste et activiste de la lutte contre le sida, ancien président d’Act Up-Paris ; Vincent Boujon, réalisateur du documentaire Vivant ! (2015).

4) Hanter la forêt fantôme

La forêt fantôme des artistes et des militants disparus durant les années sida ne cesse de hanter les survivants de cette génération dont les œuvres travaillent ainsi sur le deuil à la fois individuel et collectif, et sur la mémoire toujours vive de cette histoire.

Le sida a fauché toute une génération. D’artistes bien sûr, qui n’ont pas eu le temps pour nombre d’entre eux de construire leur œuvre, de militants qui se sont battus jusqu’au bout de leurs forces, mais aussi d’amis, d’amants, de proches auxquels des écrivains, des réalisateurs, des créateurs de toute nature ont eu à cœur de rendre hommage. Un corpus artistique du deuil et de la mémoire de la maladie s’est ainsi peu à peu constitué, que ce soit dans la douleur immédiate de la disparition ou plus à distance, sur un mode historique visant non seulement à rendre justice à ce passé, à revisiter cette histoire mais aussi à réactiver la conscience que l’épidémie de sida n’est pas achevée et que l’engagement est toujours nécessaire.

Participants : Robin Campillo, réalisateur de 120 battements par minute (2017) ; Olivier De Vleeshouwer, romancier, auteur de La vie des morts est épuisante (1997) ; Jean-Michel Gognet, président de l’association Les Amis du Patchwork ; Stéphane Gérard, réalisateur du documentaire Rien n’oblige à répéter l’histoire (2016) ; Philippe Artières, historien, créateur de l’association Sida-mémoire; Elisabeth Lebovici, historienne de l’art et activiste de la lutte contre le sida, autrice de Ce que le sida m’a fait. Art et activisme à la fin du XXè siècle (2017).
Extraits d’œuvres de Robin Campillo (120 battements par minute), Olivier De Vleeshouwer (La vie des morts est épuisante), Denis Lachaud (Ma forêt fantôme), Lionel Soukaz (Journal annales), Stéphane Gérard (Rien n’oblige à répéter l’histoire), Marlon Riggs (Tongues untied)

Un collaborateur d’Outre-Manche au théâtre

Timothy Suffolk est un passionné de théâtre. La photo ci-dessous le montre dans le rôle de Lord Hastings dans Richard III. Il a aidé celui-ci à monter sur le trône, mais le roi l’accuse de trahison et il sera décapité, Lord Hastings, bien sûr, pas Timothy (Tim pour les amis) Suffolk, heureusement pour nous… et d’abord pour lui !

Les Argentins se souviennent de Lorca… Rapporté par El Pais du 19 août 2016, cet article sur une commémoration de l’assassinat de Federico

Hace 80 años, Federico García Lorca era fusilado a manos de tropas franquistas en su Granada natal. Desaparecido desde entonces, el poeta universal no tiene una tumba sobre la que sus admiradores puedan dejar flores o mensajes, pero en este nuevo aniversario de su muerte ha recibido homenajes de todos los rincones del mundo. Desde Argentina, país que García Lorca visitó en 1933, un grupo de actores recita Poema doble del lago Edén, incluido en Poeta en Nueva York. El tributo, organizado por el Ministerio de Cultura argentino, coincide con la decisión de la Justicia del país suramericano de investigar su detención y asesinato.

« Era mi voz antigua/ ignorante de los densos jugos amargos./ La adivino lamiendo mis pies/ bajo los frágiles helechos mojados », arranca Roberto Carnaghi, para dar paso al humorista gráfico Tute -hijo del historietista Caloi- y después a la actriz y cantante Natalie Pérez y a Tini Stoessel, más conocida por su personaje de Violetta en la serie homónima de Disney. Justina Bustos y Fernando Dente completan la nómina de artistas convocados.
García Lorca llegó a Buenos Aires el 13 de octubre de 1933 en el Conte Grande y se convirtió en el gran invitado del movimiento cultural porteño durante los seis meses que permaneció en la ciudad. De la mano del asturiano Pablo Suero, el poeta se dejó querer por la capital argentina, en la que gozaba « de fama de torero », según sus propias palabras. El hotel Castelar de la Avenida de Mayo y cafés de esa histórica avenida aún recuerdan su paso por la ciudad, que durante el periodo de entreguerras era un foco de atracción para intelectuales y artistas de todo el mundo.

UN ANGE À SODOME de Claude Achille Clarac, alias Saint Ours

Michel Rachline (1933-2012), ami proche de Jacques Prévert, écrivain et critique littéraire (il a participé à des émissions littéraires comme « Radioscopie » de Jacques Chancel ou « Apostrophes » de Bernard Pivot) écrivait à propos du recueil de nouvelles de
à propos du recueil de nouvelles de Saint Ours, « Un Ange à Sodome »: « Dans ce livre, Sodome représente l’homosexualité sublimée. Ici, l’ange, c’est l’homme […] Au matin, la Beauté danse ; à la fin, c’est elle qui rend à l’ange son visage d’homme, le seul visage qui ressemble à celui d’un dieu. Ce livre est inoubliable. »

Pourtant, et malheureusement, on a oublié « Un ange à Sodome », publié en 1973 chez Guy Gauthier éditeur. Sera-t-il à nouveau publié avec l’autorisation de l’ayant-droit de Saint Ours, nom de plume de Claude Achille CLARAC (1903-1999) ? Le recueil comporte sept nouvelles, toutes passionnantes et superbement écrites. Ambassadeur de France au Moyen-Orient, au Maroc, en Asie, Claude Clarac a écrit et publié sous le pseudonyme Saint Ours ces nouvelles dont l’inspiration est entièrement homosexuelle. S’il dissimulait ainsi sa propre homosexualité, en raison de sa carrière de diplomate, le silence qui a suivi sa mort en 1999 n’a pas permis que lui soit attribué ce seul ouvrage littéraire dont il fut l’auteur. Roger Peyrefitte n’ignorait pas l’identité de Saint Ours, mais ne l’a jamais ouvertement révélée. Sans doute le mariage (blanc) de Clarac, en 1935 à Téhéran, avec Anne-Marie Schwarzenbach [voir photo ci-dessous], riche héritière, voyageuse, lesbienne à la belle allure de garçon, a-t-il contribué à épaissir ce silence autour de l’auteur d’ »Un ange à Sodome ». Ainsi à l’occasion d’une quinzaine récemment consacrée à Anne-Marie Schwarzenbach, organisée par le Centre culturel franco-allemand de Nantes, Claude Clarac fut-il associé à cette aventurière illustre dans une exposition sous l’intitulé « Achille Clarac et Anne-Marie Schwarzenbach, deux rebelles ». Une autre exposition lui fut consacrée à lui seul, mais exclusivement des « dessins et photographies de l’ambassadeur ». De son livre il n’était pas question.
Les sept nouvelles, « Journal d’un Ange », « L’enlèvement de Ganymède », « Le château des sables (Oukhaidour), « L’écurie des Centaures », « Le juge et l’assassin » (sans rapport aucun avec le film du même titre de Bertrand Tavernier, en 1976), « Chronique d’une  » saison des pluies », « Le Bout du Monde », ont chacune un cadre différent : la Sodome biblique où un ange à la beauté renversante est envoyé par Jéhovah, la Troade où vit le bel adolescent Ganymède, un désert oriental, le Siam, l’Anjou, Marrakech…

Si l’auteur fait des emprunts aux mythes bibliques ou grecs dans les deux premières nouvelles, il en réinvente totalement la trame romanesque. Ainsi l’ange qui, sous des traits humains, mais sans expérience des amours terrestres, fait étape à Sodome, succombe-t-il au charme du jeune page Youssef : « (…) nos doigts se touchèrent. Je fus soudain bouleversé. Le cœur que Dieu m’avait prêté se mit à battre follement, ma gorge s’étrangla d’une angoisse dont je ne comprenais pas la cause et une sournoise impatience se nicha en même temps au fond de mes entrailles. » (p. 32). À la cour d’amour qui, semblable aux banquets de la Grèce antique, se tient chez le prince, on devise de l’amour. La plume de l’auteur s’abandonne à des élans lyriques : « Trouverai-je des mots pour célébrer ce dont tu me combles, ô mon bien-aimé ? Je ne sais que me taire quand j’approche ma lèvre de la tienne, car seul importe alors le miel de ta salive et mes yeux s’éblouissent lorsque, plongeant dans les tiens, ils y voient monter la crue de ton désir. » (p. 44). L’ange saura « se désenchanter des cieux » pour accepter l’amour humain des garçons, quitte à se perdre dans le « péché ». On ne peut tout citer de ce texte admirable qui nous fait rencontrer des Sodomites heureux, hospitaliers envers les étrangers comme Tristan, un grand barbare blanc à la chevelure fauve, qui a fui son pays à cause de son amour des garçons, ou comme Alexandre qui préfère « le menton qui râpe et les cuisses velues » aux jeunes gens, aux adolescents, aux gamins dont « la raie du cul sent (encore) le lait ». Dans ces cours d’amour on parle même du prépuce qui « protège le bouton de rose, exquisément sensible, qui ne se découvre qu’à bon escient et symbolise ce qu’il y a de plus délicat dans l’émotion de l’amour. » (p. 42). Le juge et l’assassin rapporte une rencontre amoureuse plus sombre : une nuit, un juge aborde, sur le Champ-de-Mars, André qui sera son assassin. « En répondant à cet appel d’un monde trouble, écrit-il dans son journal, le « Cahier rouge » trouvé après sa mort, je m’avance vers un destin qui m’attire autant qu’il me trouble. » (p.127). Il y relate la première nuit passée avec lui : « Cette nuit-là fut en vérité mémorable. Le fut-elle aussi pour André ? Peut-être après tout. Il mettait à s’ouvrir une frénésie de violence qui n’était qu’un paroxysme de virilité. … Nu, traversant ma chambre avec la précise légèreté qui ne l’abandonnait jamais, il se serait fait hacher plutôt que d’avouer que le plaisir lui remuait déjà les entrailles […] » (p. 128). Quand, dans Chronique d’une saison des pluies, le narrateur délaisse Somnuk, l’adolescent qui s’occupe de ses plantes, il s’intéresse à Wangchaï. « Je pratiquais depuis longtemps Wangchai (…) Le besoin de volupté que j’étais sans doute le seul à lui donner le ramenait toujours chez moi. Cet homme si masculin, si admirablement musclé, si baiseur de filles éprouvait un plaisir délirant à me faire jouir en lui. » (p.147).

Dans une langue riche et toujours maîtrisée, Achille Clarac, alias Saint Ours, sait susciter l’attente et l’intérêt de son lecteur. Il raconte, par exemple, encore une rencontre dans Le Bout du monde, c’est-à-dire la drague d’Antoine, jeune étudiant, à Angers. « Je rêvais aux hasards qui nous avait échoués l’un contre l’autre […] Une aventure ? Il avait pourtant fallu un singulier concours de circonstances pour que je croise Antoine, et le conduise aux Ponts-de-Cé. J’effleurai ses cheveux et sa bouche si légèrement qu’il ne s’éveilla pas, mais puisqu’il fallait que cette minute s’écoulât, je posai ma main sur son sexe comme si j’avais voulu capturer un oiseau. La volupté qui le gonfla lentement dans ma paume dissipa peu à peu l’engourdissement de son sommeil […] je sus qu’il ne dormait plus. » (p.189). « Six années passèrent… », mais nous ne rapporterons pas ici la fin de cette nouvelle qui ressemble tant à la vie.

Comme on le voit, Saint Ours ne s’effraie pas de dire la vérité des rapports charnels, avec à la fois une crudité voulue et une délicatesse poétique, avec en fait beaucoup de vérité. La littérature lui aura donné l’occasion de donner libre cours à l’homosexualité que sa carrière diplomatique (comme son époque) l’a obligé à dissimuler toute sa vie. Ses mots disent avec la plus grande justesse ce qu’il en est de l’amour véritable, de la communion des corps : « Qu’il est difficile, lit-on dans la dernière nouvelle du recueil, d’attribuer à ce fils de famille de dix-huit ans l’érotisme dont je témoigne ici ! Les actes de l’amour, leurs finesses, leurs délires sont de la plus haute poésie, mais ils ont été souillés avec tant de persévérance, que les mots qu’il faut pour les décrie en restent avilis. Est-il possible de les réhabiliter ? Et, si je n’y parviens pas, serai-je taxé de pornographie ? » (p. 205).

A-t-on mieux formulé la question de la « littérature homosexuelle » trop facilement et souvent qualifiée de pornographie en effet ?

Livre inoubliable, en effet. À lire si on le trouve, d’occasion évidemment. Un livre à ne pas oublier !

Voir aussi sur le Bulletin Trimestriel Quintes Feuilles :

https://www.quintes-feuilles.com/wp-content/uploads/BTQ-F3.pdf

Après le triomphe de « 120 battements par minute » aux Césars 2018

À sa sortie, je me suis dit que je ne pourrais pas aller voir ce film en tant que simple spectateur. Ce n’était pas pour moi un film comme les autres. Et de fait, j’ai attendu plusieurs semaines avant de le voir.
Je suis gay, j’ai vécu à Paris dans les années 1990, celles du film, et je redoutais de me replonger une nouvelle fois dans cette période de ma vie où j’avais peur, où l’annonce des deuils était quasi quotidienne, où j’avais l’impression de ne traverser Paris que pour me rendre de mon domicile à mon travail et vice versa sans jamais pouvoir dévier, comme si je me tenais sur une étroite passerelle suspendue au-dessus du vide. À quoi bon revivre tout ça par écran interposé ?
Je n’avais pas non plus milité à Act-Up, seulement participé aux défilés du 1er décembre et si, après beaucoup d’hésitations, je m’étais décidé à devenir volontaire pour Aides, cela ne représentait pas le même engagement, comme le film le rappelle dès ses premières minutes : « Nous ne sommes pas une association de soutien aux malades » dit le représentant d’Act-Up aux nouveaux.
Pourtant, je savais que je ne pouvais pas ne pas aller le voir. Parce que c’était aussi un peu de mon histoire qui y était rapportée, qu’on ne peut pas effacer le passé et que les morts, on les porte avec soi pour toujours.
Et je n’ai pas regretté d’y être allé. Ce film, on le constate immédiatement, nous parle de l’intérieur. Il n’est pas comme beaucoup d’autres un point de vue donné de l’extérieur, en surplomb, comme étranger à son sujet. Non, le film de Robin Campillo en parle intimement, avec sensibilité et profondeur. Et en même temps il reste accessible, je pense, à tous ceux, hétéros ou trop jeunes, qui n’ont pas connu cette histoire et vont la découvrir. En cela 120 battements par minute est précieux : il raconte notre histoire et il la fait partager au plus grand nombre.
D’entrée, on est plongé dans une RH (réunion hebdomadaire) d’Act-Up Paris et la séquence peut paraître longue au spectateur d’aujourd’hui. C’est pourtant, à mon sens, la base même du film, son terreau. Ce qui en valide la suite. On sent très vite la qualité de la restitution, l’engagement des acteurs, le grand soin apporté à l’authenticité des échanges entre les participants, ce que Robin Campillo appelle « le parler pédé ». La dynamique vient alors d’une narration à trois temps qui démultiplie l’histoire. En réunion est choisie une action avec ses modalités, qu’on voit ensuite se dérouler à l’écran dans les difficultés et les résistances du réel, enfin ladite action fait l’objet d’une restitution dans la réunion suivante en une sorte de retour d’expérience. Ainsi passe-t-on de la parole à l’action et de l’action à la parole.
S’il en restait là, le film ne dépasserait pas cependant le cadre du documentaire. De très bonne facture certes, mais il ne toucherait pas le public comme il le fait. En s’élargissant à l’histoire d’amour entre Nathan et Sean jusqu’à son dénouement final, il donne une épaisseur psychologique et une profondeur à ce qui, sinon, aurait pu être entravé par trop de didactisme. Il confère à la pulsation qu’évoque le titre du film sa dimension pleine et entière : celle de l’amour, celle de la vie véritablement vécue. Sur fond d’engagement total, sans réserve, il montre, hors de tout psychologisme, dans l’évidence des regards, comment se nouent étroitement vie militante et vie privée, collectif et individuel. C’est cette osmose, rarement atteinte en temps normal et qui se fait ici sous le signe de l’urgence, qui emporte le film, lui donne son ampleur et son universalité. Ce que l’on dit, ce que l’on vit, ce que l’on fait, tout s’unit, tout se relie. Comme le montre la dernière scène, la mort elle-même devient un acte militant.
Nathan et Sean sont au départ très éloignés l’un de l’autre. Nathan est nouveau dans l’association quand Sean est déjà une figure centrale du groupe, un concentré d’énergie militante à lui tout seul. Leurs tempéraments semblent également opposés. Autant Nathan est discret, calme, silencieux, dans une posture d’observation, autant Sean est exubérant, extraverti, traversé en permanence d’un sentiment de révolte, d’une colère qui ne faiblit pas. Mais dans ce combat qui pourrait le durcir, il a gardé sa sensibilité, la faculté d’être attentif à l’autre, ce qui l’humanise et lui évite d’être prisonnier de son image de rebelle. C’est tout cela qui passe dans la scène où ils se parlent vraiment, où Nathan raconte son histoire et où l’on sent Sean attentif et séduit, assis côte à côte, et filmés presque visage contre visage, cadrés étroitement par la caméra, sur les bancs de l’amphi qui voit se dérouler une énième RH.
Dans leurs regards tout cela passe. Le désir dans sa puissance intacte, la délicatesse de l’amour qui naît. Et ils se regarderont encore, de plus en plus, ils se parleront encore quand ils seront devenus amants, Sean à son tour racontant son histoire, le plus intime, ce sur quoi on ne pose pas de question, la façon dont il a été contaminé.
Ils vont ensemble jusqu’au bout de leur amour. Jusqu’à son aboutissement. Jusqu’à la mort. Nathan ou Sean aurait pu fuir, pour toutes les raisons que l’on devine, par rapport à leur situation respective. Ils plongent au contraire tête baissée dans cet amour que les gens raisonnables auraient soigneusement évité. Ils s’aiment. Ils vont ensemble se baigner nus dans l’Océan, sur ces plages landaises qui leur offrent l’infini et le soleil, dans le tremblement de leurs pas et la lumière de l’été. Ils s’aiment. Dans cette chambre d’hôpital qui pue la mort, dans une lumière blanche qui creuse violemment les corps, et alors que Sean est très faible, ils trouvent encore le moyen de faire l’amour, en un formidable pied de nez contre tous les fatalismes, guidés par leur seul désir, en une scène de masturbation qui est une déclaration de vie et un superbe geste d’amour de Nathan envers Sean.
En entrelaçant ainsi la précision documentaire aux cheminements du désir et même à son exacerbation, 120 battements par minute réussit à rendre hommage au courage des militants qui n’ont pas baissé les bras et ont voulu vivre jusqu’au bout en atteignant le cœur de chacun d’entre nous. C’est, je crois, la signification de l’image la plus frappante du film peut-être, celle de la Seine devenant rouge de sang. On pense à la force symbolique que cette image revêt notamment dans la mémoire protestante, celle du massacre, et qu’Agrippa d’Aubigné a fixée dans ses Tragiques . Le sang des victimes du sida qui rougit les eaux de la Seine apparaît alors comme l’expression la plus vive, la plus bouleversante de ce que furent ces années-là, une Saint-Barthélemy des pédés.

André Sagne

Dans LE MONDE DES LIVRES du vendredi 9 février 2018

Lorsqu’elle meurt à Paris en novembre 1909, à 32 ans, Renée Vivien vient de remanier quelques textes parus en 1902 et 1904, dans un souci d’ellipse et de sobriété qui fait la nature propre de ce recueil, Le Cygne noir. Publié par les soins de sa sœur, qui choisit de restaurer l’identité familiale de la femme de lettres en le signant Pauline Mary Tarn, il ne paraît qu’en anglais et en tirage limité début 1912. L’inspiration scandinave, avec ces atmosphères inquiétantes qui ouvrent sur un fantastique proche de celui de Poe, ne distrait pas de l’essentiel, si profondément ancré dans l’ œuvre, prose et poésie, de Renée Vivien : l’amour vu sous un jour sombre, sinon désespéré, puisque l’harmonie semble impossible entre hommes et femmes. Ces contes cruels,réédités pour la première fois, ont l’intranquillité stimulante qui fait la force d’une écrivaine rare.

LE CYGNE NOIR/THE ONE BLACK SWAN de Renée Vivien. ErosOnyx. Édition bilingue, présentée par la traductrice Nicole G.Albert, ErosOnyx, 60 p., 14 €.

Philippe-Jean CATINCHI

À COSNE-SUR-LOIRE, 120 BATTEMENTS PAR MINUTE ET LES ANNÉES SIDA À L’ÉCRAN

Didier ROTH-BETTONI sera à Cosne-sur-Loire pour présenter son livre, le 3 mars Tout le monde a dit oui tout de suite : la médiathèque, le cinéma qui va nous accueillir et projeter 120 Battements par minute de Robin Campillo , et bien sûr, William de la librairie Page 58 !
Cet événement a été rendu possible grâce à l’auteur de Gustave, Xavier Bezard, qui n’ a pas plaint sa peine pour faire se rencontrer un beau film et un grand livre.

Didier ROTH-BETTONI aux Lundis de l’INA le 11 décembre

Mars 1982, pour la première fois, la télévision française fait allusion au « cancer gay ». Septembre 2017, le film de Robin Campillo « 120 battements par minute » met au cœur d’une fiction les activistes d’Act Up.

Durant ces trente années : colères, solidarités, luttes, campagnes de prévention et d’informations seront les moyens d’expression et d’action des associations face à la violence de la maladie et l’inertie des puissances publiques.

Les associations de malades, d’aide aux malades et de luttes comme Aides, ALS, Act Up se multiplient alors que sont imaginées des actions très visuelles : ruban rouge, préservatif géant sur l’obélisque de la Concorde, die-in, patchwork des noms… La prise en compte des différences biologiques hommes/femmes pour les traitements pharmaceutiques, la campagne de prévention d’échanges de seringue, le PACS, le mariage pour tous etc, sont les fruits de ces luttes. Une histoire à suivre à la télévision, bien sûr.

Écrivains, militants, médecin et journaliste, réagissent à trente ans d’archives audiovisuelles.

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Soirée animée par Thierry Keller (Usbek & Rica)
En présence de François Berdougo (Membre du conseil d’administration de
Médecins du Monde et co-auteur du livre « La fin du sida est-elle possible ? »),
Anne-Geneviève Marcelin (professeure de virologie à l’Hôpital de la Pitié-
Salpêtrière AP-HP, Eve Plenel (coordinatrice du projet Paris sans sida à la Mairie
de Paris), Didier Roth-Bettoni (journaliste, essayiste et auteur du livre « Les
années sida à l’écran »).

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Sida, des luttes, des images
Lundi 11 décembre 2017 à 19h
Bibliothèque nationale de France – Petit Auditorium
Entrée libre sur inscription : inatheque@ina.fr
Bibliothèque nationale de France
Petit Auditorium
Quai François-Mauriac – 75013 Paris
Contact : 01 53 79 48 30