« Daniel SCHMID, le chat qui pense »… et l’albatros des Grisons

Daniel SCHMIDT, le chat qui pense… et l’albatros des Grisons

ErosOnyx Éditions salue la sortie en DVD, chez Salzbeger & Co, du film Daniel Schmidt, le chat qui pense, réalisé par Pascal Hoffmann et Benny Jaberg, projeté à la dernière Berlinale de février 2011. Il s’agit d’un bel hommage consacré, cinq ans après sa mort, à Daniel Schmidt, metteur en scène de Suisse alémanique, hommage qui annonce, espérons-le, la sortie en DVD soigneusement édités comme ils le méritent, de ses films-poèmes au ton, au rythme et aux coloris variés et profondément originaux, comme La Paloma, L’ombre des anges, Violanta, Hécate, Le baiser de Tosca, Hors-saison, Visage écrit…

Le DVD est en fait un beau livre-dvd publié en Allemagne mais dont le film est sous-titré en français et en anglais, comme sont sous-titrés en anglais les « extras » , dont des interviews touchantes et éclairantes. Nous ne ferons aucun commentaire sur le fait que les maisons d’édition cinématographiques françaises jugent inutiles de publier, avec sous-titres français, des films comme le Sebastiane de Jarman ou ce Chat qui pense, en l’honneur d’un grand metteur en scène homosexuel allemand. Notons que cette édition comporte aussi son premier court-métrage en noir et blanc, Miriam. En attendant que la France soit moins frileuse et prenne conscience du vaste public qui aimerait voir et revoir ces films dans des conditions confortables, merci à l’ Allemagne de nous les rendre en grande partie accessibles !

Beau livre-dvd donc, avec des photos finement sélectionnées de lui, de ses amis, de ses collaborateurs, de ses acteurs et actrices, avec aussi de hautes phrases aimées de Schmidt comme une d’Oscar Wilde que l’on pourrait traduire ainsi : « Nous sommes tous dans le caniveau, mais il en est qui regardent les étoiles ». Regarder vers les étoiles, chercher les hauteurs pour échapper aux bourbiers et aux miasmes : le leitmotiv poétique de la montagne est constant dans le film de Hoffmann et Jaberg, en inserts de plans magnifiques de rocs enneigés qui nous parlent des origines de la vie de Schmid, là-haut sur les hauteurs suisses, et la caméra les survole pour nous peindre cet albatros des Grisons que fut Daniel Schmidt.

Le chat qui pense a toujours la touche délicate pour le dépeindre : le film balaye sa vie et son œuvre chronologiquement et intimement, du dehors et du dedans, en faisant alterner extraits de films et interviews. Pas de portrait flatté, pas d’impasse sur les ombres comme dans tout vrai portrait amoureux : sont évoqués l’humeur tempétueuse parfois, l’addiction à l’herbe pour affronter le réel, le cancer de la gorge qui frappa ce grand bavard et bel orateur. La complicité créatrice du cinéaste et de son cameraman, Roberto Berta, éclate dans les plans et séquences éblouissants que nous entrevoyons de La Paloma, par exemple. Ingrid Caven y est rayonnante, comme elle le fut dans le spectacle en solo que Fassbinder et Schmidt montèrent pour elle au Pigall’s de Montmartre en 1978, spectacle de glamour cru, dans les miroirs et la poussière d’un ancien cabaret de strip-tease, qui mit en transe le tout-Paris !

S’esquisse petit à petit, dans Le chat qui pense, un portrait de cinéaste en marge des courants engagés de son temps, choisissant l’intime pour parler du collectif, le va et vient parfois entre la beauté classique et le sourire tendre du kitsch, la stylisation théâtrale des passions, le lien constant entre l’individu et le paysage qui l’entoure, l’explique et le colore. Schmidt fut toujours un artiste libre, comme ses amis Fassbinder et Schroeter, pensant que, quoi que l’on filme, c’est toujours de soi que l’on parle, que l’on n’atteint profondément les spectateurs qu’en approfondissant le moi. En témoigne par exemple son voyage au Japon, où son art est tenu en très haute estime, et qui devient, dans Visage écrit, un voyage onirique, raffiné, poignant, où, dans une séquence inoubliable, par l’insolite grâce d’un « onnagata », danseur homme de kabuki, en lourd chapeau de femme 1900, le bas du corps dans les eaux d’un fleuve ou d’un estuaire, sur fond bleu du soir criblé des lumières de Tokyo, on atteint, pour le public du monde entier, par les « correspondances » de la musique de Liszt, de la chorégraphie et du cadrage du personnage presque fondu en ombre chinoise dans le bleu qui l’entoure, une épure lente et sublime de sensuelle mélancolie !

Ce que le film de Hoffmann et Jaberg parvient aussi à cerner, c’est le déclic premier, la clef de voûte de l’univers original de Daniel Schmidt : il eut une enfance d’éblouissements, dans un hôtel de luxe, au grand air des Grisons, luxueusement fréquenté, tenu par de fortes femmes, sa mère et sa grand-mère, qui surent trouver l’art d’accueillir la fine fleur de leur clientèle, enfance qui lui laissa toute une mythologie intérieure comme le Combray et le Balbec de Proust. Beaucoup de ses films sont d’ailleurs tournés dans ce paysage premier, en particulier Hors-saison qui est comme la résurrection onirique, pétrie de vérité et de fiction savamment amalgamées, de cette enfance. L’enfant et l’artiste ensuite ne cessent de convoquer des fantômes de cet hôtel de lanterne magique, et tout particulièrement les clientes fascinantes d’élégance, de mystère et de sensualité mêlés qui deviendront, dans les films de Schmid, les rôles incarnés par Bulle Ogier, Ingrid Caven, Lucia Bosé, Lauren Hutton, Arielle Dombasle, Andréa Ferréol… Pas de mièvrerie nostalgique chez lui, mais l’avènement poétique d’un temps constitutif du moi et retrouvé grâce à l’art. Schmidt lui-même, dans l’interview des « extras » du DVD, souligne cette obsession de l’artiste selon lui : protéger jusqu’à la mort les éblouissements vitaux de l’enfance. À un certain moment, sa vraie vie est devenue le cinéma.

Mais sans jamais oublier l’amour. Est évoqué en filigrane, dans le film comme dans les interviews des extras, le rôle de l’amour vrai dans la vie de Schmidt. Dans ce domaine aussi, le cinéaste va droit au but : à son interlocuteur qui lui demande si la vie l’a aimé, il répond, en substance, que oui, puisque, né dans un monde protestant où l’on n’avait le droit ni de se toucher ni de pleurer, il a pu, grâce à deux hommes, – dont le second l’a accompagné jusqu’au bout – vivre les deux.

Vient de paraître (mai 2011) : ÉMERGENCE DE L’HOMOSEXUALITÉ DANS LA LITTÉRATURE FRANÇAISE D’ANDRÉ GIDE À JEAN GENET de Patrick DUBUIS

L’étude de Patrick Dubuis couvre quasiment un siècle de l’histoire littéraire française sous l’angle de l’homosexualité. La 4ème de couverture de cet ouvrage très substantiel nous rappelle que s’il existe des ouvrages généraux sur l’homosexualité dans les littératures étrangères, la France a toujours préféré le choix « pudique » d’études individuelles, s’intéressant par exemple à l’homosexualité d’André Gide ou à celle de Marcel Proust.

Le présent ouvrage, en s’interrogeant sur le foisonnement exceptionnel de la littérature homosexuelle qu’a connu la France au début du XXème siècle, se propose de combler cette lacune dans les études critiques portant sur l’homosexualité en littérature. À côté des œuvres d’écrivains majeurs, tels que Gide, Proust, Jean Cocteau, Jean Genet, Julien Green, Henry de Montherlant, ou encore Marguerite Yourcenar, le lecteur découvrira dans ce livre d’autres écrivains certes tout aussi réputés mais dont cet aspect de l’œuvre, même s’il peut être considéré comme déterminant, n’a suscité que peu d’intérêt : Max Jacob, Marcel Jouhandeau, Roger Martin du Gard, François Mauriac.

Sans prétendre à l’exhaustivité, cette étude fait aussi sortir de l’ombre des écrivains non pas mineurs, mais moins connus comme René Crevel, Pierre Herbart, Maurice Sachs, Francis Carco et une pléiade d’auteurs qui, après avoir connu des gloires très inégales de leur vivant, ont sombré dans un oubli quasi total : Axieros, Henri Deberly, Jean Desbordes, Charles-Etienne, Marcel Guersant, Henry-Marx, Maurice Rostand…

Ce livre était nécessaire, non seulement parce qu’il est très instructif, mais parce que l’auteur, avec conviction, parvient tout au long de son étude à démontrer que les écrivains du siècle passé avaient « un rôle aussi déterminant que difficile à jouer : il ne s’agissait rien de moins que de sortir l’homosexualité des laboratoires d’expérimentation où l’avaient confinée les instances du pouvoir. Et ils n’y faillirent pas. »

Signalons enfin qu’une abondante bibliographie et un index détaillé occupent près de vingt pages de ce livre remarquable par son champ d’étude.

Sophie DEMMLER a lu PHAIDRA

Le 19 mars 2011, à la Maison de la Grèce, attentives, silencieuses, comme prises de frissons à certains moments, près de quatre-vingts personnes ont écouté Sophie Demmler lire intégralement le monologue poétique de la Phaidra de Ritsos, s’adressant à un Hippolyte muet, rendu présent par la seule parole de l’héroïne enflammée de désir pour lui.

Nikos Graikos, d’abord, coordonnateur pour Phonie-Graphie, puis Yvan Quintin, éditeur, ont ouvert cette soirée de lecture publique par une présentation de cette œuvre de Yannis Ritsos, Phaidra.

ErosOnyx Editions tient à remercier les services du Consulat de Grèce à Paris pour avoir mis à sa disposition les salons de la Maison de la Grèce, à l’occasion de la sortie de Phaidra., en édition bilingue.

La soirée s’est achevée, après la remise d’un superbe bouquet de lilas blancs et de lis à la comédienne, autour d’un buffet offert par Phonie-Graphie. Que cette association pour la promotion du grec moderne en France en soit aussi remerciée !

FLEUR DE CHAIR, La Cigogne, revue bruxelloise

« L’écriture est aisée, subtile dans l’exposition d’états d’âme. Dans Fleur de chair l’acte sexuel ne se réduit pas à un plaisir purement physique. Oui, il arrive qu’il procède d’une pulsion instinctive, sans préméditation d’expérience ou de séduction, mais il est aussi l’aboutissement d’une passion amoureuse, transcendée par un total don de soi.

L’Énéide revisitée, une très belle et attachante nouvelle, en est l’exemple. Tous les personnages sont du même sexe. Peu importe! Éros se révèle toujours avec les mêmes élans.

PHAIDRA de Ritsos à la Maison de la Grèce

À l’occasion du printemps des poètes

et de la sortie en librairie de

PHAIDRA de Yannis RITSOS

dans la traduction d’Anne Personnaz

Ouvrage publié avec le concours du CNL

une lecture publique sera faite par la comédienne Sophie Demmler

le samedi 19 mars 2011 de 19 à 21 heures

à la Maison de la Grèce,

9 rue Mesnil 75116 Paris Métro Victor Hugo.

L’HOMOSEXUALITÉ AU CINÉMA, Didier Roth-Bettoni, éd. La Musardine (2007)

Il y a des livres dont on ne finit pas de découvrir les galeries, comme une mine qui n’en finirait pas de nous livrer ses filons de pépites : en voilà un de cette envergure et au prix de 35,00 euros, raisonnable quand on juge de son épaisseur et de sa qualité.

Didier Roth-Bettoni embrasse, dans ce volume de 752 pages, le thème de son titre, de l’aube du septième art à aujourd’hui. Il explore la production mondiale des films où sont présents gays, lesbiennes, bisexuel(le)s, travesti(e)s, transexuel(le)s… en faisant constamment se croiser, dans ses chapitres et sous-chapitres, l’étude chronologique avec l’étude par continent et pays de chaque continent. Ce panorama est rigoureux, mais ce qui est prodigieux, c’est que le livre n’est pas seulement une analyse historique, géographique et thématique : il est aussi d’une finesse de jugement idéologique et esthétique sur les films qui laisse pantois et nous révèle la profusion créative de l’homosexualité au cinéma, parfois subtilement cryptée aux yeux et à la barbe même des censeurs, comme l’avait fait, pour le cinéma hollywoodien, le documentaire passionnant de Rob Epstein et Jeffrey Friedman, The celluloïd closet, en 1995.

Que le lecteur se rende à la triple table des matières :
– 100 films emblématiques,
– index des noms propres,
– index des films,

et il n’aura qu’à se laisser guider dans ce labyrinthe ordonné de finesse et de sensibilité. Les photos-vignettes sont en noir et blanc, mais le texte est un véritable kaléidoscope de cinéphile aussi averti que boulimique. Les films ne sont pas seulement cités, leur intrigue et leur climat artistique sont analysés avec une acuité qui fait de L’Homosexualité au cinéma non seulement une mine de renseignements, de conseils pour se guider dans le foisonnement de la production, mais un véritable pavé militant, par le biais du cinéma, pour la cause des Éros différents !

FESTIVAL ECRANS MIXTES A LYON

A Lyon le premier festival du genre dédié à la mémoire homosexuelle. Mémoire ne veut pas dire « passé ». La première édition de ce festival du 2 au 8 mars s’ouvre avec la projection de 108-Cuchillo de Palo, un film paraguayen dédié à ceux qui au Paraguay furent torturés pendant les décennies de la dictature Stroessner. Le cinéma est un art, mais aussi un moyen d’’expression. Fenêtre sur le monde, il l’est également sur une époque. Savoir d’où l’on vient, construire son identité est indissociable d’une identification. S’ouvrir aux autres et faire tomber les barrières, les préjugés… Le Festival Écrans Mixtes, festival du vivre ensemble.

Renseignements : Bureau du Festival 3, Petite rue des Feuillants 60001 Lyon Téléphone 04 26 64 44 64

Courriel : contact@ecrans-mixtes.org

www.festival-em.org

Dans son catalogue de cette première édition l’association Écrans Mixtes remercie tout ceux et celles qui ont rendu possible ce festival. ErosOnyx Éditions s’associe avec plaisir à cet événement.

Gérard Collomb, Sénateur-Maire de Lyon, Président du Grand Lyon ; Georges Képénékian, Adjoint au Maire de Lyon, délégué à la Culture, au Patrimoine et aux Droits des citoyens ;

Jean-Jack Queyranne, Président du Conseil Régional Rhône-Alpes ; Farida Boudaoud, Vice-Présidente du Conseil Régional Rhône-Alpes, déléguée à la Culture et à la lutte contre les discriminations ; Nadine Gelas, Vice-Présidente de la Communauté Urbaine de Lyon, pôle d’appartenance Économie, Attractivité et Rayonnement

Bibliothèque Municipale de Lyon, Le Point G : Sylvie Tomolillo, Institut Lumière : Maelle Arnaud, Cinéma Opéra : Frédéric Lefort, CNP Terreaux, Cinéma Comœdia, Cinéma Jeanne Mourguet, Cinéma Le Rex, Ciné-Caluire, Ciné Écully. Logo Bar, Étoile Opéra : David Sidhoum, Domaine Bar : Marie et Maryline, Restaurant du bien être : Pascal Pineau, Librairie Le Bal des Ardents, Le Sonic, les éditions ÉrosOnyx : Yvan Quintin et Pierre Lacroix, Philippe Vallois et ses merveilleux films, TS Productions, Les Films du Balibari, Anthony Doncque, Antoine Capliez, Thierry Benamari, Émilie Jouvet, Hannes Steinert, Rémy Tomassone, Bruno Thevenon, Marie-Claire Véricel, Ludovic Mercier, Electrosexual, Middlegender, Festival International de Films de Femmes de Créteil : Marina Mazzotti, Mémento Films : Rémi Dupéroux et Cynthia Pinet, A.R.T.S. Films, Renan Benyamina, Romain Vallet, David Dibilio, magazine LOM, Queer Palm : Franck Finance-Madureira.

Remerciements à tous les membres de l’association Écrans Mixtes ainsi qu’à la dynamique équipe de bénévoles.

A la librairie Le Bal des ardents, à Lyon

Retour au paradis

Hannes Steinert dessine et dessine encore. Depuis des années. Dès ses premiers catalogues et ses premières monographies le concernant, en 1992, on pouvait lire sous la plume d’un préfacier. ? « Let’s talk about sex ! » Parce qu’il s’agit bien de sexe. Mais aussi – et ne faut-il pas dire «d’abord» ? – d’art, et de cet art du dessin qui est le sien. Il commença par un trait proche du graffiti, suivant les contours des corps de garçons en lignes brisées, brouillées, emmêlées, et parfois des taches de couleur. Aujourd’hui un dessin plus net, évocateur d’un paradis perdu, d’un monde d’avant le péché, d’une Arcadie où se regardent, attendent, se parlent, jouent ensemble, s’aiment les garçons.

Mais toujours le sexe. Toujours visible, le pénis, sur des corps jeunes et pleins de grâce, alangui ou dressé. Kitsch ? Si l’on veut. Naïveté, gaucherie adolescente ? Peut-être. Mais dans ces paysages bucoliques ou ces paradis grecs, qu’un aigle enlève Ganymède, qu’un garçon joue au cerceau ou qu’un jeune homme, sa longue chlamyde ouverte, invite un autre à l’amour, se devinent toujours la présence forte d’Éros et les fantasmes du désir. Hannes Steinert, comme un poète le disait de ses mots, sait assurément « créer un fugace plaisir qui semble presque palpable. »

ErosOnyx dans une enquête de Têtu, par Sébastien Létard, n° 164, mars 2011

… En publiant entre deux et six livres par an, ces entreprises ne survivent que parce qu’elles ont des «exigences salariales lilliputiennes», admet une éditrice. En 2007, les fondateurs d’ErosOnyx ont même totalement renoncé à vivre de cette activité en choisissant un statut associatif.«Il fallait éviter les complications liées à une SARL», explique Erwan Orsel, attaché à la communication. Universitaires, auteurs, traducteurs, la vingtaine de bénévoles vient de fêter sa dix-septième publication. Mais sans profits. Trois ouvrages ont été subventionnés par le Centre national du livre, mais le plus souvent les recettes ne couvrent qu’un tiers du coût d’un tirage à cinq cents exemplaires. «On met la main à la poche, reconnaît Erwan Orsel. On n’a pas de salariés, donc on se répartit les tâches. On milite à notre façon

Grâce à leur engagement, les écrits d’auteurs parfois méconnus, telle Renée Vivien, restent accessibles. Rééditer des classiques de la littérature gay et lesbiennes ou des essais ambitieux sur l’homosexualité est aussi une volonté affichée par la plupart de ces maisons d’édition…

Entretien avec l’auteur des Homo Pierrot

HANDIGAY : Monsieur Lacroix, nous ne nous connaissons pas et ce dialogue mené via courriel est notre premier échange. Pourtant, après la lecture de vos quatre livres, j’ai l’impression que votre vie a été très bien résumée par votre éditeur (ou par vous ?) dans ce communiqué de presse :« Pierre Lacroix vit en Auvergne, sa province natale qu’il a quittée puis retrouvée. Ses goûts amoureux sont au coeur de son écriture. Fort du combat mené par d’autres depuis quarante ans et de l’avancée, même fragile, du droit d’aimer pour tous selon le goût de chacun et de chacune, il pense enfin venu le temps d’une écriture sans honte pour ces amours. Il est gay, il écrit, souhaitant glisser de la marge à la page sans perdre la couleur et le sel de la marge. » Qu’auriez-vous à ajouter à ce bref portrait ?

Pierre Lacroix : Surtout, Gérard, ne m’appelez pas « monsieur » : vous avez déjà écrit des choses si sensibles sur Homo Pierrot qu’il y a déjà entre nous une vraie connivence. Il en va du rapport lecteur-auteur comme de l’amour : on passe à un moment à un tel mélange de fusion qu’on peut appeler l’autre par son prénom, son petit nom, si on l’aime. Étrangers et frères. Ne me dérange pas non plus qu’on oscille après entre le « tu » et le « vous », cette exquise subtilité de la langue française qui épouse si bien les saisons des sensations et des sentiments, qui fait écho à cette alternance de symbiose et de différence qui marque tous les vrais rapports profonds entre les êtres. J’aime la façon dont vous écrivez sur moi, Gérard. N’ayez pas de crainte à m’appeler Pierre, à me vouvoyer quand ça vient comme ça, à me tutoyer quand ça vient aussi comme ça. Le beau, c’est ce qui monte sans avoir à se censurer. Les homos, filles ou gars, ont conquis cette marge douce, en marge de la société, où l’on peut épouser la peau de l’instant comme on le sent. On se fout de ce qui se fait ou ne se fait pas. Fais ce que tu sens. Faites ce que vous sentez. Moi, un homme qui écrit comme Gérard Coudougnan sur mes pages, j’aime qu’il m’appelle Pierre et je l’appelle Gérard.

Voilà qui rejoint aussi la question posée. Je me retrouve pleinement dans le portrait d’ErosOnyx et je pourrai développer jusqu’à plus soif ! Je me sens homo aux deux sens du terme, grec et latin. J’aime les êtres de même sexe, je suis donc différent de la norme hétéro, et je suis en même temps un homme qui savoure et affronte la vie, l’amour et la mort comme les autres. Il en faudra encore des pages et des pages, des films et des films, des chansons et des chansons, des documentaires et des documentaires, des entretiens et des entretiens comme celui-là, pour le faire comprendre à tous les châtrés du sexe et du coeur, mais pouvoir se mettre à poil et tout habillé de mots à la fois dans des livres comme Bleus ou Homo Pierrot, c’est la preuve qu’on avance dans le droit d’aimer qui l’on désire et d’en être fier au point d’en faire un livre qui passera peut-être de bouche en bouche, de main en main, de lit en lit, avant ou après l’amour. C’est pour ça que j’écris et que je tends craintivement des livres à des inconnu(e)s : pour que des hommes et des femmes disent peut-être un jour à quelqu’un qu’ils et elles aiment : « Tiens, lis ça, je m’y suis retrouvé(e), dis-moi si ça te fait le même effet. »

Oui, Gérard, existons au grand jour mais sauvons notre marge : ce désir décuplé, encore aujourd’hui, par l’interdit, et qui en accroît la beauté. Naître homo, vivre homo, mourir homo, c’est beau, non ? Cette douleur et ce cadeau. Ne laissons pas les bourgeois nous voler ça. Nous sommes pareils et pas pareils : la marge, c’est encore la page, mais on y écrit des choses que la pleine page de la normalité ne peut pas écrire de la même façon ! Se batte qui veut pour les mêmes droits que les hétéros ! Moi j’aime qu’on nous laisse vivre avec nos détresses et nos gloires d’homos, ne pas avoir d’enfant par exemple, ne vivre que pour le désir, l’amour tendre ou la passion, de sa puberté jusqu’à son dernier souffle, ça me va !

Attention ! Qu’on ne me fasse pas dire ce que je ne dis pas : je comprends que certain(e)s aient besoin de se normaliser, de « se marier » comme des hétéros, d’avoir des enfants ! Mais moi, c’est pas mon truc, je veux garder mes délires d’adolescent, un homme à rencontrer pour vivre un amour fou, qu’il soit mon gigolo et mon âme-frère en même temps, et que je passe ma vie à le chercher, le trouver, faire bien autre chose avec lui que des gosses, le perdre, l’attendre, le retrouver, le chercher jusqu’à ce que je n’en puisse plus…. Garder toute ma vie mon corps et mon cœur de midinet homo ! Mais pardon, Gérard, ce n’est plus une réponse que je fais là, c’est un manifeste. Je suis tellement marqué par le fait d’avoir eu dix-sept ans quand des hommes et des femmes partaient au Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire ! Ils étaient eux-mêmes enfants de Rimbaud : L’amour est à réinventer, et les homos et les lesbiennes auront toujours à réinventer l’amour, à baiser la gueule aux fous de Dieu et aux Tartuffes retors, à se méfier des récupérations qui peuvent dégénérer en dépossessions, à ne jamais oublier de se battre pour vivre leur vie, exister à leur manière, la ramener toujours, à côte de la page des bien-pensants, leur belle marge politique et romantique !

H. : Pierre, puisque nous pouvons désormais utiliser nos prénoms, vous considérez-vous comme un écrivain, un romancier ou un poète ?

PL : J’écris. L’écriture ne m’a pas lâché depuis l’âge de quinze ans. Et puis, un jour, ça m’a paru montrable, à presque trente ans. Plutôt lent, le Pierrot ! Et personne n’en a voulu. J’ai continué à garder la foi du papier et de l’encre, jusqu’à ce que la publication, confidentielle, vienne enfin… à 40 ans ! Chez Geneviève Pastre. Je ne crache pas sur le communautarisme ; elle a donné vie à la première version de Bleus, réédité chez ErosOnyx (EO), et je lui dis merci. Mais vient un moment où la communauté gay vous étouffe, où l’on piaffe, où la marge veut éclabousser la page, il me fallait autre chose, un éditeur sans cloison fixe, fou surtout des livres où l’on soit libres d’être ivres de ses mots ! Je continue à avoir cette monstrueuse vanité de penser que j’ai quelque chose à gribouiller que personne n’a écrit de cette façon. Mes études de Lettres me rendent à la fois humble et confiant. Tout est dit, mais il reste toujours une manière nouvelle de le dire, de l’accorder à son temps, à son battement de cœur à soi, le colorer à l’encre de son sang. Qu’on me donne le nom qu’on pense juste, si on aime ce que je fais avec les mots. Moi, je n’en revendiquerai aucun : seuls les autres, les lecteurs en ont le droit. C’est vrai, je ne vois pas de frontière, chez les auteurs que j’aime et dont je parle dans Seul à Selves (NDLR : Homo Pierrot Tome 3), entre le roman et la poésie : ce qui me plaît, c’est d’écrire sur la vie avec des mots qui me paraissent dignes d’être portés à la lumière pour que d’autres y fassent leur nid. Là encore, je me sens terriblement double, je doute de moi et je crois en moi en même temps, je doute de tout et je ne doute de rien. Je fais cette chose si solitaire et si orgueilleuse à la fois : écrire et ne pas garder pour soi. Et puis est arrivée en 2007 l’équipée d’ErosOnyx, une poignée de fous d’écriture et d’Éros qui veulent essayer d’être totalement libres, hors des modes et jouer dans la cour des grands, avec diffuseur et distributeur : lancer des bouteilles à la mer quand on y a glissé des mots qui nous paraissent valoir le coup de l’aventure, tanguer mais pas couler, qu’elle flotte où elle pourra, la bouteille, et qui vivra verra !

Et puis, après des siècles et des siècles de dictature hétéro en littérature, à l’école et à la fac, il y a un tel océan où oser s’embarquer, en sachant d’où l’on vient, en essayant, en littérature française en tout cas, de pompeusement se rattacher au Prométhée Rimbaud, de se nourrir de Gide, de Proust, de Vivien, de Genet, de Cocteau, d’ Augiéras, de Navarre, de Guibert, mes grands phares grandioses en homopaysages d’écriture, de voir en quoi, nourris d’eux, je peux fouler un sol qu’il n’ont pas pu fouler… se sentir un Pierrot homo, incapable de séparer le cœur du sexe et penser qu’il est venu le temps où un funambule de la plume peut se risquer à monter sur son fil, bander pour la fidélité d’une passion belle et triste, triste et belle comme la vie !

H. : A côté de ces « piliers » déjà classiques, voyez-vous dans les productions les plus récentes de chacun des deux domaines, des auteurs ou des oeuvres particulièrement importantes pour notre combat ?

PL : J’avoue aimer les « classiques » et ne pas beaucoup lire de livres récents. Mais j’ai été soufflé par la gourmandise rabelaisienne de Jacques Astruc dans Sperme que les Éditions EO m’ont fait découvrir, ce texte à déclamer, ce panache de boulimique solitaire de tous les spermes de mecs du monde entier, homos et hétéros, qui, sentant la maturité venir, ne vire pas à l’aigre mais passe de la solitude gourmande du baiseur insatiable au bilan grave et chaud, « J’ai joui », et à l’amour doucement partagé avec un autre homme, pour l’amour de vieillir dans se renier. J’aime les œuvres où les homos ont un avenir après la fulgurante parenthèse de la baise.

Côté cinéma, ça ne manque pas, les beaux films récents qui mettent l’Éros homo ou lesbien au centre de la vie ! Là, je suis un boulimique, moi aussi. Par quoi commencer ?

J’aime les téléfilms anglais comme Tipping the velvet de Geoffrey Sax, d’après un roman de Sarah Waters, que j’ai découvert en DVD, si chaudement filmé, si pittoresque dans une Londres victorienne sacrément dessalée, avec des lesbiennes qui n’ont froid ni aux yeux, ni au sexe, ni aux idéaux politiques de gauche.

En DVD encore, Ce vieux rêve qui bouge d’ Alain Guiraudie : une usine qui ferme, des ouvriers qui prennent le chômage en pleine figure, mais qu’on nous montre vivants, et vivants par le sexe encore. Un jeune démonteur de machines se laisse lever par un ouvrier bien mûr, de ceux qui ont la délicatesse des chairs lourdes pour les jeunes fringants et qui font si bien l’amour, avec tout l’élan tendre de leur peur de vieillir. C’est un film audacieux et original, fait par un Aveyronnais de naissance, un film qui parle de la vie après la mort d’une usine, d’une sexualité qui n’a pas d’âge, d’une classe ouvrière qui n’est pas morte, mais en métamorphose simplement, et qui bande encore justement !

Beau à chialer, comme la dernière scène des chemises épinglées l’une dans l’autre de Brokeback Mountain d’Ang Lee : le dernier plan d’Ander, sorti cette année, un film d’un tout jeune metteur en scène basque, Roberto Caston, où un fermier taiseux, grâce à un ange visiteur, un ouvrier agricole péruvien, parvient à faire son « coming out » au milieu de la rudesse des mâles depuis la nuit des temps et avec la complicité d’une prostituée au grand cœur. C’est cru et beau comme un miracle du désir, dans la lignée du film pionnier, pour moi, de l’accouchement par deux hommes de leur désir homosexuel, dont je parle longuement dans Sous les toits de Paris : Nous étions un seul homme de Philippe Vallois, sorti en 1979. J’en profite pour dire à celles et ceux qui liront ces lignes que Philippe Vallois vient de sortir en DVD ses deux films vidéo, Nijinski et Huguette Spengler. C’est de la dentelle de vitrail autour de ces deux personnages, l’un de la danse et l’autre de la décoration décadente. Vallois cisèle deux kaléidoscopes en hommage à deux figures dont le corps, la vie et la création furent vraiment des œuvres d’art.

Enfin, ne boudons pas les valeurs reconnues : j’ai aimé que Chéreau, l’hiver dernier, dans Persécution, en pleine jungle froide du Paris d’aujourd’hui, offre à Jean-Hugues Anglade un rôle adolescent semblable au fond à celui qu’il incarnait dans L’homme blessé en 1983. Traquer un homme qu’on désire, intouchable, jusqu’à en accepter les coups, jusqu’à s’infiltrer dans son lit, s’y déshabiller et lui offrir ses fesses, parce qu’il n’y a pas d’amour fou sans acte sacrificiel, pas d’initiation aux mystères et aux tabous sans persécution. Anglade arrive à fêler le monolithe de froideur du personnage incarné par Romain Duris, qui acceptait sa vie vide, à ne même pas se rendre compte de la désolation d’impuissance qu’il offre à sa frêle et douce compagne incarnée par Charlotte Gainsbourg. La chanson Mysteries of love d’Antony and the Johnsons du générique final coule sur le film comme une si douce larme finale.

Mais pardon, Gérard, j’arrête. Les Pierrots, ça n’en finirait pas de pleurer devant les belles choses. Pas larmoyer, pleurer des larmes compatibles avec la fureur de vivre, d’écrire, de s’émouvoir, l’adolescence qui ne veut pas mourir. Je ne vous remercierai jamais assez d’avoir fait la différence dans votre article sur Seul à Selves entre larmoyant et mélancolique. On fait toujours ce que l’on peut avec ses plaies : ça ne veut pas dire qu’on les cultive. On vit avec, le plus longtemps possible, parce que ça vaut la peine, même à douleur, d’aimer et de vivre.

H. : Oui, cela vaut la peine mais encore faut-il pouvoir choisir le lieu de cette aventure qu’est la vie ! Votre choix d’un éditeur implanté dans le Cantal est-il une des conséquences des mauvaises expériences vécues à Paris ? Pensez-vous qu’une action culturelle est possible depuis d’autres lieux de la capitale de ce pays hyper-centralisé qu’est la France ?

PL : Aïe aïe aïe ! La question qui peut blesser. Comment l’aborder ? Ne soyons pas simpliste.

Avant tout, comme je l’ai dit plus haut, faisant partie dès le départ de l’aventure ErosOnyx, j’y suis arrivé avec l’intention de faire partie de l’association et d’y faire vivre mes livres. C’est revigorant, cette sensation d’être partie prenante, de prendre à la fois du plaisir et des risques. Le réseau qui se crée et grandit depuis 2007 autour d’ EO ne s’est jamais coupé de Paris. C’est encore les librairies « Les Mots à la bouche » et « Violette and Co » qui vendent le plus en France les livres d’EO. Ne crachons pas dans la soupe et n’opposons pas trop facilement Province et Paris ! Mais il fallait simplement trouver un autre air, dans un bel endroit, pour respirer autrement, dans des conditions où l’argent ne serait pas aussi crucial qu’à Paris, où l’on pourrait être petit et viable. Pouvoir stocker des livres, par exemple, ça ne coûte presque rien dans une grange du Cantal et ça coûterait les yeux de la tête à Paris, même en banlieue. Et puis un imprimeur qui vous permet trois jeux d’épreuves pour fignoler les finitions, même si la perfection n’existe pas, c’est un luxe incroyable.

Ensuite, il faut parler des horizons éditoriaux, et là, oui, il était important de prendre des distances avec la mode et ses critères terribles à Paris : notre époque semble vouloir étrangement séparer homos et lesbiennes. EO pense le contraire : la publication de Lucie Delarue-Mardrus, grâce à la revue Inverses et des oeuvres de Renée Vivien est un choix militant : les gays et les lesbiennes doivent lutter, créer et vivre en restant solidaires. J’aime qu’EO pense que nous avons beaucoup à faire ensemble et plus de convergences que de divergences.

Enfin, et toujours sur la questions des horizons éditoriaux : regardons la vitrine gay de magazines comme Têtu ou Pref, le premier plus clean, le second plus trash. Quelle place y est faite aux gays en dehors de la parenthèse d’âge où il sont soi-disant désirables par le maximum de consommateurs ? Et puis le glamour rasé ou épilé, avec juste les petites touffes qui font mâle, est-ce vraiment ce qui fait fantasmer la majorité des gays quand ils sont dans les bras d’un homme ? Où est-ce un moyen de nous rendre moins choquants, plus civilisés, plus présentables ? Il en faudrait au moins pour tous les goûts. Chez EO, même si ce n’est pas in, j’ai pu écrire sur le désir sexuel d’un adolescent de quinze ans pour son professeur de trente, du mal du pays qui peut entraîner d’atroces ruptures car Paris ne peut pas combler tous les manques, de la beauté de l’amour après quarante ans, – et les exquis Silver daddies, ne les oublions pas ! – j’ai pu évoquer les gouffres aussi, parler de la dépression où l’on patauge et d’où l’on sort, sans victoire définitive, mais avec toujours la féroce envie de vivre, d’aimer et d’être aimé. Bref, pour être gay, on n’en est pas moins victime du blues parfois et victime combative…

H. : Les lecteurs de Seul à Selves savent à peu près à quel âge ils vont retrouver Pierre, superbe victime combative. Pouvez-vous nous dire à quelle partie de sa vie s’arrêtera ce prochain et dernier volume ?

PL : Pour une fois, je vais être bref. Le dernier volume de Homo Pierrot s’appellera Rose buvard : il commencera avec le retour d’Erwan dans la vie de Pierrot et les accompagnera jusqu’au bout de leur vie. C’était le but initial de cette série : du ventre de la mère au ventre de la mort. Douce morphine de l’amour sur le rose buvard des chairs accordées. Et s’il arrivait à deux hommes ce qu’il arrive dans la mythologie à Philémon et Baucis ? Pour avoir laissé entrer le tendre et barbare Éros dans leur corps à cœur d’homos. Un conte pour enfants velus, Gérard.

H. : Oui, Pierre : pour ceux et celles qui ne veulent sous aucun prétexte raser les murs à cause de leurs goûts et qui vous remercient chaleureusement pour toutes les pistes de réflexion offertes. Nos lecteurs auront sûrement à cœur d’aller revoir ou découvrir certains des titres évoqués dans notre dialogue, ou mieux dans vos livres !

Commentaire : 22/01/2011 par Angelus (Notation : Très bien)

Beau, captivant et stimulant ! Auteur moi-même, après m’être battu avec tant d’éditeurs (parisiens), j’ai la tentation après 17 titres de tout laisser tomber… d’explorer d’autres voies… de me régénérer plus au Sud… de dépasser une homosensualité peut-être rabâchée. Le long texte de Pierrot a sur moi fait l’effet d’un baume et aussi d’un électrochoc. MERCI à lui ! Ceci dit, je n’oublie pas la question essentielle de Rainer-Maria qui ne doit pas cesser de fouailler et de hanter l’âme de tout écrivain – qu’il soit hétéro ou gay : « Entrez en vous-même, cherchez le besoin qui vous fait écrire : examinez s’il pousse ses racines au plus profond de votre cœur. Confessez-vous à vous-même : mourriez-vous s’il vous était défendu d’écrire ? Ceci surtout : demandez-vous à l’heure la plus silencieuse de votre nuit : “Suis-je vraiment contraint d’écrire ? ” Creusez en vous-même vers la plus profonde réponse. » Creusons, creusons… et que l’amitié ou l’amour virils nous tiennent unis, et dans la Joie !

19/01/2011 par Fredd80 (Notation : Génial)

Bigrement intéressant, vraiment ! « Des pistes de réflexion » ? Assurément ! Tout un tas de petites recherches à effectuer pour apprendre ou revoir des notions évoquées par Pierre… Revoir des films également… Quel entretien d’une densité passionnante… Je regrette vivement, pour ma part, ne pas pouvoir accéder plus aisément à la lecture de tout ouvrage… Pour des raisons physiologiques perso qui n’ont pas grande importance en regard de ce qu’il nous est offert de lire. Un auteur manifestant d’une érudition assurément « digeste ». On est vraiment animé de l’envie de « s’attaquer » à la lecture de cet ouvrage (et de tant d’autres auxquels il est fait allusion au passage, donc…). C’est toujours une expérience enrichissante que de profiter de l’enthousiasme de quiconque se tient à la disposition des autres pour offrir… On se sent chanceux, l’espace d’un instant. Pas par sociale convenance « parce qu’il le faudrait » au prétexte qu’un auteur a bien voulu nous consacrer de son temps (par l’intermédiaire de M. Gérard), mais parce qu’on le ressent. Comme une véritable envie née de la considération de l’auteur pour son lecteur. Pour résumer, je retiens ce propos de Pierre : -« Je continue à avoir cette monstrueuse vanité de penser que j’ai quelque chose à gribouiller que personne n’a écrit de cette façon. (…) Tout est dit, mais il reste toujours une manière nouvelle de le dire, de l’accorder à son temps, à son battement de cœur à soi, le colorer à l’encre de son sang ». Il me semble en effet que tout est là. Cela doit être, vraisemblablement, la gageure à laquelle est confronté l’auteur. Pour autant, je ne pense pas qu’il y ait lieu de considérer-là une vanité. Même si c’est le jeu de l’auteur que de l’envisager… OK. Je suis confiant sur le résultat. Par avance. Un blanc-seing, en quelque sorte. Pour ce qu’il vaut, bien sûr ! C’est chouette de pouvoir lire de lumineux propos comme ceux-ci. Merci à Pierre et Gérard. Fredd.

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