Avec un peu de retard… le dvd de LA JOURNEE DE LA JUPE

Le temps était venu pour que, bien loin d’Entre les murs, un metteur en scène courageux et une actrice qui n’a pas oublié le rôle qu’a tenu l’école dans sa vie, portent un film comme celui-là : lucide et lyrique à la fois.

Une réussite cinématographique et un moyen de prendre conscience qu’il y a encore des résistants dans l’École de la République. Bravo à tous ceux qui ont soutenu ce film et à Adjani, pas seulement star, mais toujours femme de feu qui sait prendre des risques

Réédition Nouvelle maison d’édition

Un nouvel éditeur Jacques Flament publie une réédition de Escal-Vigor de George Eekhoud avec une postface de Mirande Lucien, membre d’honneur de l’association Nix et Nox, auteure de la présentation et de l’établissement du texte de Nos secrètes amours de Lucie Delarue-Mardrus chez ErosOnyx Éditions, en 2008. .

Ce livre paraît dans la collection « Résurgences » des Éditions Jacques Flament, nouvelle maison qui se présente ainsi sur son site :

http://www.jacquesflament-editions.com/presentation.html :

« Cette nouvelle maison d’édition farouchement indépendante, artisanale, hors des circuits industriels traditionnels du livre, loin géographiquement du sérail éditorial parisien, dont la finalité est la réédition d’ouvrages rares et la mise à jour de voix nouvelles originales. »

Nous saluons la venue d’une maison d’édition sœur d’ErosOnyx qui elle, aussi, cherche à rééditer des ouvrages de qualité rares ou difficiles à trouver voire introuvables, à publier des voix nouvelles, quelles qu’elles soient, françaises ou étrangères, loin des préjugés et des modes, dans la ligne qui est la sienne.

LE CONDAMNE A MORT de Jean Genet, dit et chanté par Jeanne Moreau et Etienne Daho

Le condamné à mort n’en finit pas de vivre et d’inspirer. Cent ans exactement après la naissance de Genet, voici un bel hommage à celui qui reste fascinant et maudit. Sur le canevas musical, désormais classique à notre oreille, d’Hélène Martin, inoubliable depuis 1962 par sa pureté et sa sensibilité amoureuse au poème de Genet, les voix de Jeanne Moreau et d’Etienne Daho, après Marc Ogeret en 1984, viennent aujourd’hui offrir un nouvel éclat à la toujours hallucinante et bandante perle baroque de ces vers.

Au départ, Le condamné à mort est un long poème d’amour impossible et radieux, onirique et charnel, entre deux parias, deux âmes frères dans la crapulerie, l’amour des mâles, la pureté des anges du péché, de la prison et du crime. Une longue érection lyrique de quatrains d’alexandrins, parfois débordés par un vers de six pieds.

Le poème fut écrit en prison à Fresnes en 1942 par un détenu pour vols de livres à répétition, Jean Genet, et dédié à la mémoire de Maurice Pilorge, condamné à mort pour le meurtre de son amant, et exécuté le 17 mars 1939 à Saint-Brieuc : c’est une magistrale et inouïe entrée en écriture.

Tout laisse à penser que les deux hommes ne se sont jamais vus. Une seule photo de « l’assassin de vingt ans » a pu déclencher la transe de désir et d’admiration, le rêve de fusion des corps et des âmes, l’effusion de ce « chant d’amour » d’un voyou pour un autre voyou passé à l’acte du crime, comme liés tous deux par le sang de la décapitation, cet amour qui fait de Pilorge un « archange » … « digne, par la double et unique splendeur de son âme et de son corps, d’avoir le bénéfice d’une telle mort. », pour reprendre la dédicace de fin du poème de Genet.

Le condamné à mort est une longue éjaculation de vers, d’illuminations éclaboussées :
cercle des anges autour de l’ange victime, cercle des « matelots musclés » préparant leur chibre « qui meurt d’enculer la plus tendre et douce des fripouilles », chant de tous les éléments de la création, minéraux et végétaux, autour du corps magnifié de l’amant christique et bien monté, « couronné de lilas… et d’épines du rosier », tirant de son « froc réséda » « ces lourdes fleurs dont l’odeur me foudroie ». Le monde entier bande pour le Jésus du crime. Les mots crus sont pris comme mica luisant dans le granit des vers. La majesté des alexandrins et des visions cosmiques, marines, stellaires, rehaussent l’obscénité devenue bijou sur les griffes des vers mélodieux et incantatoires comme une prière. Le sexe sublimé par son impossible réalisation prend le goût de l’infini.

« Mon Dieu je vais claquer sans te pouvoir presser

Dans ma vie une fois sur mon cœur et ma pine ! »

Rebelle tendre et mystique, au delà de tous les interdits : au bout du sexe il y a Dieu et Dieu dort dans les « lourdes braguettes ». Chez Genet, on se fait l’amour jusqu’à « enculer les âmes » et « emmancher les cœurs ».

La mise en musique et chant par Moreau et Daho, sur la partition d’Hélène Martin, est un écrin d’amour pour ce joyau de marlou iconoclaste et sacré en même temps. La musique ne tue jamais les mots. Les arrangements musicaux soulignent les roulements de tambour de l’exécution et les battements de cœur en crescendos de cordes pincées. La voix de Daho est devenue grave, avec ce rien de gouaille qui la rend chaude. La voix de Moreau nous fait retrouver celle de la Lysiane du bordel de marins qu’elle interprétait déjà, dans le Querelle de Fassbinder, en 1982. Elle prend les mots de Genet dans ses buissons de ronce, sans rien perdre du marbre solennel de sa diction. Leur condamné à mort est, sur les pas de velours et de braise de celui de Genet, gorgé du sang d’amour et de mort d’un cou d’ange tranché, beau et poignant « à faire pâlir le jour ».

François Gaspar

L’ARBRE ET LA FORÊT, Ducastel et Martineau, 2010 : à voir

Ducastel et Martineau ont le courage de regarder les gouffres en face et d’en faire un film pudique, sobre, tout de retenue, pour mieux permettre de dominer les gouffres, comme, dans le film, la contemplation quotidienne d’un bel arbre a permis à un homosexuel du camp de concentration du Struthof, en Alsace, d’échapper à la mort, jour après jour, de continuer à supporter de vivre face à l’horreur et puis, un jour, de retrouver le goût de vivre.

Il faut saluer le courage de ce couple cinéaste, Harmodios et Aristogiton de la pellicule, d’avoir résolu de continuer à faire entrer à leur façon le grand public dans la découverte de ce qu’encore aujourd’hui tant de gens refusent de croire : oui, on a arrêté et tué des homosexuels, pour la seule raison qu’ils étaient homosexuels, tué à petit feu ou dans la plus exorbitante des cruautés, en Allemagne d’abord et puis en France, quand les nazis y ont pris le pouvoir de 1940 à 1944. Au départ, Ducastel et Martineau ont lu le bouleversant témoignage recueilli par Jean Le Bitoux : Moi Pierre Seel, déporté homosexuel, paru chez Calmann-Lévy en 1994. Avant eux, Martin Sherman en 1979 avait créé sur le sujet une pièce intitulée Bent, avec Richard Gere, rôle repris par Bruno Cremer à Paris en 1982 et portée à l’écran par Sean Mathias en 1995 (disponible en DVD). Ensuite, Christian Faure en avait tiré un film, diffusé sur France 2 en 2004, avec pour titre Un amour à taire, une réussite. Ducastel et Martineau décident aujourd’hui de reprendre le sujet à leur manière, en imaginant une autre moyen de survivre pour un Pierre Seel qui deviendrait sylviculteur, marié, père de famille, poignant et déchiré jusqu’à son dernier souffle sans doute, mais vivant.

Il faut le préciser tout de suite : le personnage central du film est interprété par Guy Marchand, remarquable, sensible et écorché, comme le connaissent déjà ceux qui l’ont vraiment regardé et écouté, un Guy Marchand aux antipodes de son rôle dans le Loulou de Maurice Pialat où la douleur de son couple raté lui faisait traiter le Marais de « quartier de pédés », un Guy Marchand jouant un homme apparemment gâté par la vie mais qui ne peut supporter aucune forme de mensonge, aucune trace d’hypocrisie. Et c’est sur un mystère que le film commence : un père n’a pas voulu se rendre aux obsèques de son fils. Dans le climat lourd après l’enterrement, dans la belle demeure, il y a ce secret de famille, ce cadavre dans le placard qui pèse. Il y a ceux qui comprennent, ceux qui refusent de comprendre et ceux qui essaient de chercher à quoi peut bien tenir cette apparente monstruosité. Lentement, subtilement, élégamment, Ducastel et Martineau lèvent le voile sur ce secret : c’est la monstruosité bien réelle de l’Histoire qui explique l’apparente monstruosité de cet homme. Sa vie, il la doit à sa force de vieux chêne face à la tempête et à la compréhension de quelques êtres vrais, sensibles, autour de lui. L’arbre cache une forêt de gouffres que le personnage central ne peut encore supporter qu’en écoutant en sauvage, à tue-tête, Wagner, sa puissance, sa violence musicale : elle lui permet l’ascension, l’échappée aux précipices, parce que l’Allemagne, c’est aussi ce souffle de vie, ce romantisme au delà de l’obsession des noires forêts et des charniers. Françoise Fabian et Catherine Mouchet, respectivement épouse et belle-fille du sombre héros central, ont l’une l’amour grave et l’autre le détachement tendre qu’il faut pour comprendre et aimer toujours.

Pudeur de la compassion au-dessus des gouffres, c’est la qualité de ce film et le choix très maîtrisé de ses metteurs en scène. L’horreur n’est pas montrée comme dans Un amour à taire, cité plus haut. Le Struthof n’est vu que de l’extérieur, plus d’un demi-siècle plus tard, sans « flash back ». On pourrait qualifier cette approche de bourgeoise, de trop éthérée, de sublimée. Mais il y a plusieurs manières d’être devant le choc atroce de l’Histoire, de le regarder en face, de le dire, de le filmer. Ducastel et Martineau ne sont sans doute pas, selon le mot de l’éditeur Carlotta, « enfants de Salo » comme le fut Pasolini dans son dernier film. Mais ils sont bien enfants de l’horreur et osent à leur façon la dire, la dominer, la faire connaître, pour que jamais elle ne revienne. Les cinéphiles choisiront, mais ce qui est beau chaque fois, c’est l’ardeur de ne pas éluder, le besoin d’exorciser.

ANDER, un film à voir

Ils ne sont pas si fréquents les films qui font éclore le miracle de la rose rouge au cœur de la vie quotidienne la plus scrupuleusement dépeinte d’un milieu géographique et social d’aujourd’hui. L’avènement d’un bel amour entre hommes dans la rudesse de la montagne basque, cet audacieux mariage du réalisme paysan et du conte, c’est la grande réussite de ce premier film remarquable du jeune espagnol Roberto Caston, qui nous arrive en France début 2010, après avoir reçu deux prix bien mérités : celui des Cinémas Art et Essai européens au Festival de Berlin 2009 et celui de la Violette d’Or – oui, cela existe ! – du Festival Cinespaña de la même année.

Tout commence dans le réel le plus brut, dans un silence sans musique que le film conservera jusqu’au bout, puisque la seule vraie musique du film sera celle des cœurs et des corps accordés. Ander, la jeune quarantaine, mène une vie réglée de mâle comme les autres, dans une ferme du pays basque : double travail rude aux champs et à la ville, père mort depuis longtemps, mère vigilante mais despotique, coutumes ancestrales sur les épaules, rares échappées de plaisir pour se vider les bourses avec une étonnante prostituée, Reme, au corps généreux et au cœur immense, mère d’un enfant mélancolique dont elle attend en vain le retour du père…

Or, quelque chose vient briser cette vie figée depuis la nuit des temps : Ander se casse une jambe… et toute sa vie en sera fracturée ! Il engage un ouvrier agricole péruvien, modeste et silencieux lui aussi, mais mystérieusement seul et beau. Rencontre. Le mariage de la jeune sœur d’Ander qui va donc aussi quitter la ferme, puis la mort de la mère quelque temps après, laissent le champ libre à la montée progressive du désir le plus enfoui, le plus tabou. La transgression, évidemment, ne pourra se faire que petit à petit, dans un chassé-croisé de tendresse et de violence et dans la conquête douloureuse de la différence face à la loi des autres. Mais Ander a eu sa double visitation libératrice : celle de José, l’ange brun à la peau mate et satinée, et celle de Reme qui offrira aux deux amants sa chaude complicité de Marie-Madeleine, puisqu’elle sait toute la laideur du monde et comprend les rares et vrais appels d’amour.

Tout est fruste dans ce film, décors et personnages, rares paroles et gestes brutaux, mais, paradoxalement, un vrai cœur rouge bat dans cette brutalité. C’est de ce monde taiseux et animal que va fleurir la beauté tendre et romantique de la dernière scène : la pluie dehors, une lampe qui s’éteint dans une ferme où l’amour d’une putain et mère au grand cœur a trouvé refuge et où l’amour interdit a désormais le droit de faire son lit !

Françoise Hardy-LA PLUIE SANS PARAPLUIE

Cœur battant, œil perçant de part en part comme la voix, voix frêle et pas si frêle qu’on le dit souvent, farouchement vive, beau brin de midinette encore et toujours farouchement adolescente, capable d’être, dans les paroles comme dans les mélodies, plaie vive et couteau tranchant.

Depuis ses premiers disques, depuis, par exemple, Dans le monde entier à la mélodie si suavement et sensiblement susurrée, en 1965, en français, en anglais, en allemand, en passant par un album de cordes écorchées comme La question en 1971, par le long et languide lamento de paillettes éparpillées dans le blues de la nuit qu’est la chanson Star de 1979, par un blues comme Partir quand même, en 1987, avec ses longs couteaux qui vibrent et ses mots d’alcool et de mercurochrome sue la plaie incurable, et surtout depuis l’étonnant album Le danger, en 1995, jusqu’à ce nouveau titre aujourd’hui, en rimes d’élégie et de comptine, La pluie sans parapluie, du Clair obscur aux sources vives de Tant de belles choses qui la font tenir debout, croire en un au-delà et avoir le goût de vivre, de chansons d’effroi comme Dix heures du soir en été jusqu’aux duos sentimentaux de son album Parenthèses, il y a quelque chose de douloureusement élégant, de tragiquement chaud, de toujours poignant sans mièvrerie dans les chansons de Françoise Hardy. Fièrement grave, jamais larmoyante. On ne se lasse pas de l’avancée lilas de sa voix, tour à tour ardente et fragile, dans les orages électriques ou les nappes de cordes brumeuses de la musique qui porte et enveloppe la voix sans l’étouffer. La pluie sans parapluie est un chant d’ondine sous l’averse, chant paradoxal, altier et tendre, qui attend toujours secrètement son beau chevalier Hans, entre les cordes du cœur éclaté et le fondu enchaîné rouge et noir de l’autre côté du ciel.

La mélancolie, toujours là comme marque de fabrique, jamais comme un artifice, une pose, mais comme le prix qu’il a fallu payer depuis longtemps pour la pureté et l’innocence meurtries. Françoise Hardy, battue des vents et des orages, mais droite et toujours élégante, sensiblement sobre sous les gouttes de musique et de pluie, avec ses paroles ciselées, un peu d’air et de brume teinté d’elle, et parfois, si puissant d’être rare, comme un cri.

Écoutez-la, toujours nouvelle et toujours elle, Françoise Hardy. Écoutez, dans Noir sur blanc, sa voix fuser
Si à mon cou vous veniez
vous pendre
Haut et court

puis se faire à nouveau doucement câline
Sachez que tout
Ne tient qu’à vous
Viendrez-vous ?

sans oublier, dans le même album, la version gothique de cet appel, Memory divine, une chanson écrite en anglais et composée par Jean-Louis Murat pour la Dame au blanc visage, qui dit, entre autres beaux mystères
I need to lick a late late late passion
et qu’on pourrait peut-être oser traduire par
Il faudrait à ma langue une ultime passion

Pierre Lacroix

Habemus corpus

Au cri «Habemus Papam» nous répondons «Habemus corpus» !

L’échange de baisers du kiss-in du dimanche 14 février 2010, à la Fontaine St-Michel à Paris, prolongé sur le parvis de Notre-Dame où il était initialement prévu, n’était-il pas une manifestation d’amour et de paix ? Dans la pure tradition chrétienne du « Aimez-vous les uns les autres ».

Au cri des catholiques intégristes lançant leur «Habemus papam» pour condamner avec haine cette manifestation pacifique, EroxOnyx Éditions, son équipe et ses auteurs opposent un autre cri «Habemus corpus» !

Les gays et les lesbiennes aussi savent le latin, et pas du latin d’Église. Et en plus « Habemus corpus », ça rime !

Philippe Vallois, NOUS ETIONS UN SEUL HOMME (1979) et SEXUS DEI (2006)

Oui, qu’est-ce qui fait vivre la caméra de Philippe Vallois ? Le mystère de l’amour depuis son adolescence dans les Landes.

Le parcours du combattant de ceux qui aiment à contre courant. Ceux qui sentent que ni la nature ni Dieu ne maudissent l’amour fou et sexué entre deux hommes. Seule l’étroitesse des préjugés fait de l’épanouissement de soi une quête douloureuse et ravie en même temps.

Philippe Vallois proche des exilés, des solitaires, des mis à l’écart. Il leur offre des poèmes en images où le sexe les révèle à eux-mêmes.

Nous étions un seul homme est un mélo farouche où un jeune soldat de la Wehrmacht laissé pour mort par les siens et un garçon vivant en sauvage dans une masure perdue dans les forêts et fougères des Landes vont, pas à pas, ne devenir qu’un, peau à peau, corps à cœur, poils et sang.

Sexus Dei , après les épreuves du sida et du deuil d’un compagnon vécus comme les horreurs d’une guerre pour le cerveau et pour le corps, est le récit d’une résurrection. La rencontre d’un ermite christique et nu sous le soleil rend à Vallois, devenu personnage de son film, la soif d’aimer, le désir chaud, la révélation de soi par le sexe. La beauté du monde et d’une rencontre loin des sentiers battus rend la clef de ce qui fait vivre, bander, filmer.

Les films de Philippe Vallois sont d’oniriques autobiographies. Sexus Dei est disponible depuis janvier 2013 sous l’un des rabats de l’autobiographie parue chez ErosOnyx : La Passion selon Vallois, Le cinéaste qui aimait les hommes. Le livre comporte aussi sous l’autre rabat le premier long-métrage de Vallois Les Phalènes qui était inédit jusqu’alors en DVD.

Et si EO publiait en mars 2016 une étude de « Nous étions un seul homme« , avec le DVD du film, comme c’est l’habitude dans sa « collection Images » ? Pour cette occasion, sortira une édition spéciale du DVD du film avec des interviews de François About, photographe du film, des acteurs, et bien d’autres surprises… Et si l’analyse du film était menée par celui qui écrivit en 2007 dans L’homosexualité au cinéma : « Frémissant, poétique, tendre, lumineux et terrible, Nous étions un seul homme est aussi, au-delà de maladresses dues à des moyens dérisoires, incroyablement attachant. » ? Guess who ?

Bisou au bijou Marie France

Marie France, c’est l’esprit de parfum de la chanson française.

Quand on l’a vue la première fois dans Barocco, le film de Téchiné sorti en 1976, elle marchait et chantait le long d’une piscine dans un cabaret-restaurant entre Amsterdam et Hollywood. Elle mêlait déjà le scintillement de sa robe fourreau au scalpel de paroles terribles sur le jeu de miroirs des faux-semblants de l’amour : « je me vois me voir … tu me vois me voir … je m’aime … je me vois te voir … tu te vois te voir … tu t’aimes … on se voit se voir et se voir c’est savoir qu’on s’aime… » C’était chic, chaud et froid, triste et beau à en pleurer, comme Isabelle Adjani le faisait d’ailleurs !

Depuis, elle n’a pas cessé de troubler en douce un public de fidèles enamouré(e)s à qui elle donne, de temps en temps, un rendez-vous d’amour dans une salle intime ou sur les plages d’un disque confidentiel.

Marie France se déguste avec les yeux, comme les chromos de Pierre et Gilles qui ont su croquer ses facettes de sphinge. Marie France se savoure avec les tympans, et quel empan ! Elle sait marier la chanson à texte et la chanson haute-couture, la cavalcade de saloon et le murmure sucré, le rock et la ballade, le coquin hyper sexe et le mélo du blues. Elle fut Marilyn à l’Alcazar dans les eighties et tout récemment Bardot aux Trois Baudets retrouvés. Chaque fois, on n’est pas au musée Grévin, c’est l’esprit de parfum de ces femmes qu’elle réveille. Et cette étoile de chair ne craint pas de descendre parler et boire un coup avec son public après chaque spectacle.

Telle la Sidonie de Charles Cros réveillée par B. B. et qu’elle susurre exquisément à son tour, comme à sa toile l’araignée, elle vous prend à ses cheveux blonds comme guêpes et frelons, elle vous prend avec ses mots de chanteuse de plus en plus diseuse au fil des disques et des récitals, elle vous prend avec son corps de femme tellement femme et son art de filer des frissons avec des mots cousus pour et sur elle . Il faut acheter ses disques précieux, se laisser aller par exemple sous Le soleil de son dernier album « Marie France visite Bardot » ou rouler dans les frissons de la chanson « Bleu » du disque précédent « Phantom » …

Marie France est un bijou qui a du cœur.

Pierre Lacroix, Noël 2009

LA RUMEUR, film en noir et blanc de William Wyler, 1961

La Rumeur, film de 1961 de William Wyler, en DVD Métro-Goldwyn-Mayer, 2004

Quand finira-t-on de dire et de lire que ce film méconnu de l’auteur du sensuel et mythique Ben-Hur (1959), n’est que le triste reflet d’une époque puritaine où deux femmes qui s’aiment ne peuvent que se taire, se marier ou mourir ?

Tout d’abord, avant le suicide final, il y a la longue et très claire déclaration d’amour de Martha (Shirley MacLaine) à son amie d’enfance Karen (Audrey Hepburn). Ce long monologue est à lui seul un morceau d’anthologie. Mais il y a aussi la scène finale qu’il faut voir et revoir pour en comprendre toute la portée : elle mêle le travelling avant et la contre-plongée sur Karen métamorphosée. Après les obsèques de Martha, après l’hypocrite douleur des assistants, Karen marche, marche dans l’allée entre les tombes, quitte le cimetière sans jeter un regard à quiconque, pas même au beau Dr Joe Cardin (James Garner) qui lui promettait le mariage et qu’elle écoutait par méconnaissance d’elle-même. Karen passe entre les voitures noires, s’échappe, les yeux levés vers les feuillages et le ciel, avec une surprenante lueur printanière dans le regard.
Le titre original du film, The children’s hour (qui fut d’abord une pièce), pourrait se traduire par Quand les enfants ont tous les droits. C’est en effet une autre audace de William Wyler de dénoncer la perversité dont sont capables les enfants, ici des fillettes de bonne famille qui cherchent à échapper à leur pensionnat.

Et si la vie et la liberté étaient au bout de la rumeur et de la mort qu’elle a entraînée ? Karen porte désormais Martha en elle, Martha vit en Karen.

S’ajoute à la force de ce film la beauté de ses images et portraits en noir et blanc.